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23/07/2014

Palestine : une épuration ethnique qui ne dit pas son nom (suite)

lu sur le Temps (Suisse) :

EDITORIAL 
Rituel macabre à Gaza 

PROCHE-ORIENT Mercredi 23 juillet 2014

A chaque fin de cycle, on se prend à espérer que le cessez-le-feu qui succédera à l’opération meurtrière israélienne pourra déboucher sur un accord plus large et, surtout, plus juste.

Il y a, dans le massacre qui se déroule actuellement à Gaza, un élément manquant par rapport aux autres hostilités qui ensanglantent la région en ce moment même: ce sont les cohortes de réfugiés, ces milliers de visages hagards qui disent la tragédie qu’ils viennent de vivre, mais où se mêle, aussi, le soulagement d’en avoir réchappé. Rien de tel ici, évidemment, aucun soulagement à attendre. Qu’une population soit ainsi exposée, jour et nuit, aux bombardements de ceux-là même qui l’emprisonnent, sans même pouvoir rêver d’une fuite, n’est pas le seul aspect révulsant de cette nouvelle opération militaire israélienne. Mais c’est peut-être l’un des plus indignes.

Il y en a d’autres, pourtant, comme celui de prétendre «répondre» aux roquettes du Hamas par un déluge de feu qui tue des centaines d’innocents et qui réduit des dizaines d’enfants en charpie. Le comportement des extrémistes du Hamas, qui se terrent parmi les civils et transforment leurs propres compatriotes en boucliers humains, est amoral et contraire au droit ? Cela ne rendra jamais plus respectable une réplique qui consiste à pilonner, avec des chars d’assaut et des avions de chasse, une frange de Gaza plus densément peuplée qu’une mégapole.

Tout le monde a fini par le comprendre désormais: ici, le vieil adage de Clausewitz s’applique d’une manière un peu différente. La guerre, en Palestine, c’est la continuation de la colonisation par d’autres moyens. Pour la troisième fois en une décennie, le carnage sert avant tout à rappeler aux Palestiniens de Gaza qu’ils n’ont rien à espérer. La terre, la mer, l’espace aérien leur étaient déjà interdits autour de leur bagne. Et ils ont eu l’outrecuidance de creuser des tunnels…

La réelle obscénité vient pourtant d’ailleurs. C’est la distance qui sépare les déclarations d’un John Kerry lorsque les micros sont allumés ou lorsqu’ils sont éteints. C’est la grossièreté qui consiste à exiger des Palestiniens qu’ils «reviennent» à la table des négociations tandis que cette porte reste verrouillée à double tour et que Mahmoud Abbas, le président palestinien, n’a rien obtenu d’autre, en dix ans, que le titre de pantin-en-chef des Israéliens, sur fond de poursuite accélérée de la colonisation.

A chaque fin de cycle de ce très macabre rituel répétitif, on se prend à espérer que le cessez-le-feu qui succédera à l’opération meurtrière israélienne pourra déboucher sur un accord plus large et, surtout, plus juste. Mais à chaque fois, la déception est à la mesure des attentes. Comme si le pire restait toujours à venir.

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