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09/09/2014

Cerveau et rang social chez les primates

Extrait de presse INSERM :

Le Figaro s’intéresse aux travaux d’une équipe, pilotée par MaryAnn Noonan et Matthew Rushworth de l’université d’Oxford, mettant en évidence des variations de l’organisation cérébrale chez les macaques rhésus en fonction de leur rang social. 

Après avoir analysé par Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) la structure et le fonctionnement du cerveau de 25 singes, les chercheurs ont notamment découvert que, chez les singes dits « dominants »« trois zones sont plus riches en matière grise et ces régions interagissent davantage ».

Le Figaro, 09/09

Le macaque rhésus ne plaisante pas avec la hiérarchie : au moindre faux pas, la sanction tombe, et l'indulgence n'est pas de mise. Les subalternes doivent donc être attentifs à leur place dans le monde et aux signaux de leurs congénères. Même le mâle dominant n'est pas maître en son royaume : les femelles l'installent sur le trône et peuvent l'en chasser  ; les muscles ne suffisent donc pas, il faut aussi savoir s'attirer leurs bonnes grâces…
Comment le cerveau encode-t-il les signaux des congénères, qui permettent au macaque de choisir avec soin alliés et ennemis ? Pour le comprendre, une équipe menée par MaryAnn Noonan et Matthew Rushworth, de l'université d'Oxford, a exploré par IRM la structure et le fonctionnement du cerveau de 25 singes occupant diverses places hiérarchiques au sein de groupes de tailles différentes. Selon qu'il sera puissant ou misérable, le cerveau du singe ne sera pas le même. Chez les dominants, trois zones «mobilisées pour juger de sa propre valeur et de la valeur des divers éléments de l'environnement » sont plus riches en matière grise, et ces régions interagissent davantage, explique Jérôme Sallet, membre du département de psychologie expérimentale d'Oxford qui a participé à l'étude publiée dans Plos Biology. Dans le cerveau des subalternes en revanche, une autre zone, le striatum, est favorisée.

Tout à la fois inné et acquis

Tout ceci vaut quelle que soit la taille du groupe auquel appartient le singe. En revanche, des régions corticales probablement impliquées dans les processus cognitifs qui sous-tendent la création d'alliances sont influencées tant par le rang hiérarchique de l'individu, que par la taille du groupe auquel il appartient.
Impossible en revanche, précise Jérôme Sallet, de savoir si la répartition de la matière grise «détermine ou est déterminée par le statut social. La réponse est probablement entre les deux.» «Chez beaucoup d'espèces de primates, les descendants d'une femelle dominante le seront également, mais on ne peut séparer ce qui est génétique de ce qui est acquis. C'est à travers le jeu des coalitions (la mère aide ses descendants dans les conflits) que le jeune acquiert son rang », explique Bernard Thierry, spécialiste du comportement social des primates à l'Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (Strasbourg).

Des réseaux neuronaux plastiques

Tout en regrettant que l'étude menée à Oxford utilise «un indice de dominance qui ne permet pas d'affirmer s'il s'agit des individus dominants, ou des plus agressifs », Bernard Thierry ajoute que «le concept de dominance est un concept relatif: on peut être à la fois dominant vis-à-vis d'un individu et dominé vis-à-vis d'un autre, et le statut social d'un individu fluctue au cours de sa vie.»
Fort heureusement pour le singe, «les réseaux neuronaux qui traitent les informations sociales sont plastiques, précise Jérôme Sallet. Dans une étude précédente, nous avions montré que les circuits qui traitent des informations sociales changeaient lorsque l'on modifiait la taille du groupe.»

«Les Lego sont les mêmes»

«Les principes que nous avons découverts sont sans doute communs à tous les primates », note le chercheur d'Oxford. «Les Lego sont les mêmes et hommes et singes partagent les mêmes mécanismes de base, même si l'homme en fait quelque chose de plus compliqué », ajoute Martine Meunier, du centre Inserm-CNRS de recherches en neurosciences (Lyon). Plus encore que le singe, l'humain n'est jamais totalement dominant ou dominé : évoluant en divers groupes sociaux (famille, collègues, amis…), il doit savoir naviguer entre ces statuts au fil de la journée.
Ces travaux, précise Jérôme Sallet, relèvent de la recherche fondamentale  ; savoir comment ces circuits se développent et fonctionnent pourrait néanmoins aider «à mieux comprendre ce qui se passe lors de pathologies qui affectent le comportement social, comme l'autisme, la dépression ou la schizophrénie ».
Mais attention aux illusions que pourraient susciter ces toutes jeunes neurosciences sociales, prévient Martine Meunier : «Un IRM ne permettra pas à un patron de détecter si son employé a ou non un cerveau de chef !»
 
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