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04/11/2014

Europe : haro sur les politiques d'austérité

lu sur Libération :

Un Nobel d'économie s'alarme de la «japanification» de l'Europe

Libération -

ARNAUD VAULERIN CORRESPONDANT À KYOTO 3 NOVEMBRE 2014 À 19:43

Selon l'Américain Paul Krugman, les pays de la zone euro n'ont rien retenu des leçons qui ont précipité le Japon dans la spirale de la déflation à partir de la fin des années 90.
 
C’est l’heure du grand pardon aux Japonais. D’abord dans les colonnes du New York Times puis quelques heures plus tard lors d’un forum de l’innovation organisé par Hitachi, le prix Nobel d’économie Paul Krugman a demandé pardon le week-end dernier aux décideurs politiques japonais qu’il avait abondamment critiqués à partir de la fin des années 90. Aux côtés de l’économiste Ben Bernanke, il fustigeait alors les mauvaises décisions des leaders nippons en matière de fiscalité, d’investissements publics et de politique monétaire alors que l’Archipel s’enlisait dans la déflation.

«Je dois m’excuser. Ils n’ont pas toujours bien répondu à la crise. Mais l’Occident fait maintenant bien pire», a déclaré Paul Krugman vendredi à Tokyo en comparant la crise actuelle avec celle qui a frappé le Japon entre 1990 et 2012. Il a pris pour cible les politiques d’austérité mises en place dans la zone euro qui font courir le risque d’une «japanification» de l’Europe. «L’Occident a plongé dans un marasme similaire à celui du Japon, mais en pire. Et cela n’était pas censé se produire», écrivait-il dans le New York Times, avant de poser une question: «Pourquoi l’Occident, avec tous ses économistes réputés - sans parler de la possibilité de tirer des enseignements du malheur du Japon – parvient à un gâchis encore pire que le Japon a connu?» Pendant vingt ans, l’Archipel a tenté de combattre les conséquences de l’éclatement des bulles boursières et immobilières du début des années 90. Elle a relancé son économie via une hausse de ses dépenses publiques. Mais cet effort a tourné vite court et dès 1997, Tokyo a procédé à une hausse de 2% de sa TVA.

«C’était une grave erreur, mais ce n’est rien en comparaison des politiques d’austérité extrêmement destructrices de l’Europe, note Paul Krugman. La politique budgétaire de l’Occident détruit activement la croissance. » Concernant les mesures monétaires, le prix Nobel pointe les atermoiements et les empressements de la Banque du Japon face à cette crise que l’Archipel traversait dans ces années-là. «Mais la banque centrale japonaise n’a jamais rien fait d’aussi aberrant que la Banque centrale européenne qui a relevé ses taux en 2011, contribuant à renvoyer l’Europe dans la récession.»

Face a au péril déflationniste qui guette l’Europe, Krugman ne s’est pas montré très optimiste. En juin, il recommandait aux leaders européens de lancer à leur tour des Abenomics, cette politique inflationniste nippone faite de relance budgétaire, de réformes structurelles et d’assouplissement monétaire. Tout le contraire de ce qui est fait en Europe.

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