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16/09/2013

L'Europe de la "concurrence libre" et les salaires de misères en Allemagne

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/16/en-basse-saxe-la-ceinture-de-graisse-du-pays-prospere-grace-a-des-salaires-de-misere_3478114_3234.html

En Basse-Saxe, la "ceinture de graisse" du pays prospère grâce à des salaires de misère

LE MONDE | 16.09.2013 à 11h20 • Mis à jour le 16.09.2013 à 18h48 |Claire Gatinoi

Les raisons qui ont poussées Stefan Petrut à quitter la Roumanie pour venir travailler en Allemagne sont simples. "L'argent". L'homme épais, à la figure bonhomme, qui ne laisse rien transparaître de trente ans de travail à la chaîne à découper les viandes dans les abattoirs, ne s'en cache pas. L'argent lui manquait tellement à Buzau, sa ville natale à 100 kilomètres de Bucarest.

Alors, en 2008, quand son ami Nicolaï, lui a parlé de ce travail d'équarrisseur en Basse-Saxe, à Essen-Oldenburg payé 1 600 euros par mois. "J'ai dit oui. J'arrive". Quelques jours plus tard, Stefan, quarante-six ans à l'époque, laisse sur place un fils déjà grand mais emmène sa femme, Luminata, couturière. Elle lâche ses travaux d'aiguilles pour se convertir à la découpe de bestiaux. De 16 heures à deux heures du matin, pauses comprises. L'affaire est trop belle. Au début, tout va bien. Si ce n'est cet appartement sommaire dans une maison de briques de Quakenbrück, à dix kilomètres de l'abattoir que Stefan et Luminata doivent partager avec deux autres couples. Une seule salle de bains. Une toilette pour tout le monde. Le tout pour 175 euros par personne et par mois payés "au patron". Celui-là même qui dirige l'abattoir.

Mais au bout de quelques mois, l'entreprise change le fonctionnement. Fini le salaire fixe, désormais Stefan et sa femme seront payés à la pièce : 1,31 centime (0,0131 euro) par cochon découpé pour lui, 0,98 centime pour elle. "Normalement, ça va, je suis un spécialiste", explique-t-il, fier. Solide et rompu à l'exercice, Stefan peut faire 700 bêtes par heure, donc, toucher un peu plus de 9 euros de l'heure. Mais Luminata ne tient pas la cadence. Pis au bout de quelques jours, les porcs n'arrivent plus. Danish Crown, un gros industriel de la viande qui achetait la pièces à l'abattoir de Stefan, veut changer de sous-traitant pour un autre, moins cher.

"Plus de cochons, plus d'argent", résume Stefan dans un français qu'il a appris à l'école. Sa femme et lui vivotent alors avec 500 euros mensuels. Puis, plus rien. L'abattoir fait faillite. Eux sont licenciés sans toucher les 5 000 euros et quelque qu'on leur doit encore.

"NATIONALITÉS INVITÉES"

En Basse-Saxe, le cas de ces Roumains n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère, peu au fait de ses droits, et souvent maintenue à dessein dans l'ignorance. Depuis un an, la presse locale se fait l'écho d'histoires plus ou moins sordides recensées dans "la ceinture de graisse" de l'Allemagne, championne européenne de l'exportation de viandes.

Got Ilie, le visage mat et l'air encore espiègle de ses 24 ans en témoignent. Arrivé en Allemagne en 2010, il a passé un an payé 5 euros de l'heure, sans sécurité sociale, et avant déduction des 70 euros à régler chaque mois à son employeur pour le logement : une chambre à partager avec cinq autres Roumains.

Au fil des ans, les nationalités "invitées" évoluent mais le scénario reste le même. Un salaire de misère qui frise parfois les deux à trois euros de l'heure et des conditions de logement indécentes. "Il y a quelques semaines, j'ai été alerté par un Espagnol employé dans une découpe de volailles qui n'avait pas reçu son salaire. J'ai découvert que lui et d'autres Espagnols vivaient à soixante-dix dans 180 mètres carrés dans un restaurant désaffecté", raconte Matthias Brümmer, responsable régional du syndicat de l'alimentaire NGG.

"Des Grecs, on n'en a pas encore vus. Mais l'industrie cherche et trouve toujours ce qu'elle veut là où la misère est la plus grande, dit-il, écœuré. Ces industriels se vantent de traiter correctement les animaux, mais eux traitent leurs salariés comme des bêtes !" M. Brümmer, un ancien des abattoirs, s'est rendu compte il y onze ans, grâce à un journaliste du Rheinische Post, que ces scènes dignes d'un roman de Zola existaient dans son propre pays, ce super modèle de l'Europe.

Interrogé sur de telles pratiques, Danish Crown explique que c'est le marché du travail allemand qui implique de tels niveaux de salaires. Quant aux sous-traitants, le groupe peut difficilement les contrôler, explique Jens Hansen, le porte-parole de l'entreprise danoise, ajoutant que le groupe, basé dans un pays réputé pour la générosité de son système social, ne rechigne pas à payer correctement ses propres salariés. Une stratégie d'évitement, certes, qui n'est toutefois pas éloignée de la réalité. Pour M. Brümmer, la réglementation du marché du travail allemand a permis ces dérives et l'émergence de ce qu'il appelle un "capitalisme de Manchester".

PAS DE SALAIRE MINIMAL

Outre-Rhin, aucun salaire minimal n'est imposé dans la filière de la viande. En outre, sous le gouvernement de Gerhard Schröder (SPD) une clause a été introduite permettant à un employeur allemand de "louer" de la main d'œuvre à une entreprise étrangère, roumaine ou bulgare par exemple. Dans ce cadre, les employés sont soumis au droit du travail de leur pays d'origine, souvent moins disant.

En permettant aux industriels d'avoir recours à une main d'œuvre bon marché, la Basse-Saxe est devenue un aimant aux multinationales de la viande. Danish Crown, mais aussi le néerlandais Vion y sont représentés aux côtés des allemands Tonnies, Westfleisch, entre autres.

Résultat, dans cette région agricole, le chômage est au ras des pâquerettes (6,5 % en août selon l'agence pour l'emploi), et en dépit de l'automatisation du métier, l'industrie emploie encore 142 000 personnes, et plus de 200 000 en comptant ces travailleurs "loués", indique M. Brummer. "Aujourd'hui, si l'Allemagne arrête de produire de la viande, l'Europe fait famine !", plaisante-t-il.

Pour lui comme pour nombre d'Allemands, ce résultat n'a pourtant rien d'une réussite. "J'ai honte. Quand je voyage à l'étranger et qu'on m'interroge à ce sujet, je suis incapable de justifier cela", confie Alexander Herzog-Stein, spécialiste du marché de l'emploi à l'institut IMK, proche des syndicats.

Dans la région, aussi, on a honte. Depuis plus d'un an, à Vechta, une petite ville tranquille, le prêtre Peter Kessen mobilise les foules pour que cesse ce "dumpig social", dénoncé également par la France et la Belgique. Pour son action, le prêtre a reçu des menaces : une peau de lapin, déposée devant sa porte en novembre dernier.

C'est que le combat de ce religieux dérange. Son objectif est d'obliger l'instauration d'un salaire minimum à 8,50 euros de l'heure, pour tous. Une lutte à la frontière entre religion et politique : la mesure figure dans le programme du SPD, en lice face à la CDU d'Angela Merkel pour les élections législatives du 22 septembre."C'est notre responsabilité sociale", sourit-il. Et pour ceux qui redouteraient de voir alors la compétitivité de l'industrie s'effondrer, le prêtre a déjà fait les calculs. Avec ce niveau de salaire, le kilo de viande ne serait renchéri que de 5,7 centimes, dit-il. Reste que les entreprises pourraient déguerpir, à la recherche d'une main-d'œuvre meilleur marché. "Qu'ils s'en aillent !", lâche M. Brümmer.

Depuis quelques jours, la région a bon espoir de mettre fin à tout cela. A la suite d'une table ronde, mardi 10 septembre, les grands industriels se sont mis d'accord pour l'instauration d'un salaire minimum. Mais M. Brümmer se méfie. "Ce n'est pas la première fois qu'en période préélectorale on nous fait des promesses. Attendons le 23 septembre !".

Et puis après la viande viendra le combat pour les employés de l'hôtellerie, de la restauration et pour les garçons coiffeurs, dont les salaires, dit-on, ne dépassent pas 2 à 3 euros de l'heure...

Politique : l'argent peut tout

à lire sur MEDIAPART :

 

Dassault : l'aveu de la corruption
PAR FABRICE ARFIMICHAËL HAJDENBERGPASCALE PASCARIELLO

Pour la première fois, l’industriel et sénateur UMP Serge Dassault reconnaît dans un enregistrement réalisé fin 2012, et dont Mediapart publie des extraits, avoir acheté la victoire de son successeur à la mairie de Corbeil-Essonnes. Une somme de 1,7 million d’euros est en jeu. Les deux hommes à l’origine de l’enregistrement se sont fait tirer dessus trois mois plus tard.

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14/09/2013

Les banques responsables de la crise ont prospéré ...

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/14/chute-de-lehman-brothers-les-banquiers-se-sont-bien-recases_3477570_3234.html

Chute de Lehman Brothers : Les banquiers se sont bien recasés

LE MONDE | 14.09.2013 à 09h43 • Mis à jour le 14.09.2013 à 11h12 |

Par Marc Roche (Londres, correspondant) 

Ils ont camouflé les créances pourries. Ils ont affirmé que leur établissement se portait au mieux. Et pourtant, les banquiers qui ont joué un rôle-clé dans le krach de 2007-2008 – avec en point d'orgue la faillite retentissante de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 – sont souvent sortis indemnes de cette débâcle.

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Cinq ans plus tard, le constat est édifiant : les premiers responsables de la crise – mais pas les seuls – n'ont pas seulement survécu, ils ont prospéré, aux Etats-Unis comme en Europe.

Lire : Jean-Claude Trichet : "Nous sommes encore dans une situation dangereuse"

Qu'importe que les contribuables du monde entier aient dû déverser des milliards dans le système bancaire pour lui éviter l'implosion. Qu'importe si aujourd'hui encore ils en paient la facture. Qu'importe que les banques aient massivement licencié. A lire quotidiennement les pages des journaux, la liste des "revenants" est longue. "Les vieux banquiers ne meurent jamais", résume l'hebdomadaire britannique Financial News.

Aux Etats-Unis, à l'exception des inoxydables Jamie Dimon et Lloyd Blankfein, respectivement PDG de JP Morgan Chase et de Goldman Sachs toujours en place, les banquiers qui étaient au pouvoir en 2007-2008 ont tous rendu leur tablier. Mais loin de se la couler douce sous les cocotiers ou de passer des journées à frapper des balles sur les terrains de golf, les stars déchues ont repris du service.

ÉVITER LE NAUFRAGE

Ainsi, John Thain, le responsable de la débâcle de Merrill Lynch, dirige aujourd'hui CIT, un prêteur aux PME. Il a été écarté en janvier 2009, trois mois après que Bank of America, sous pression de l'administration Bush, a racheté Merrill Lynch qui croulait sous les pertes liées aux subprimes (les crédits hypothécaires à risque) et un mois après avoir annoncé 25 000 licenciements.

Charles Prince, qui a dirigé la banque américaine Citigroup entre 2003 et la fin 2007 avant d'être débarqué, opère dans un prestigieux bureau de conseil en management de Washington. Celui qui, en 2007, justifiait les investissements risqués de la banque en proclamant, fine allusion au Titanic"tant qu'il y a de la musique, il faut danser", a pourtant laissé derrière lui un champ de bataille. En novembre 2008, son successeur, Vikram Pandit, annonçait 53 000 licenciements. En février 2009, l'Etat américain prenait 36 % de la banque pour lui éviter le naufrage...

Les cinq ex-plus hauts dirigeants des activités de crédits hypothécaires pourris à l'origine de la faillite de la banque Bear Stearns en mars 2008, qui a précédé celle de Lehman Brothers, se sont tous recyclés... dans le crédit immobilier au sein des plus prestigieuses institutions de Wall Street, affirme la dernière livraison du magazine alternatif Mother Jones.

Quant à Dick Fuld, l'ancien directeur général de Lehman, s'il n'a pas repris un emploi dans un établissement, il a créé sa propre société de conseil en fusions-acquisitions, qui ne manque pas de clients.

UN SI PETIT MONDE

En Europe aussi, les financiers de la crise sont résilients. Johnny Cameron, qui avait coulé la Royal Bank of Scotland, conseille à mi-temps Gleacher Shacklock, firme experte en capital-investissement. Daniel Bouton, à la tête de la Société générale lors du scandale Kerviel, est consultant chez Rothschild, tandis que son ex-bras droit, Jean-Pierre Mustier, est le numéro deux d'Unicredit.

Lire: Des centaines de traders ou d'avocats travaillent encore à la liquidation de Lehman Brothers

Après son départBarclays, dans la foulée du scandale du Libor, Bob Diamond, responsable des dérivés de la banque d'affaires du groupe, a créé son propre fonds d'investissement en Afrique. Peter Wuffli, l'ancien chef d'UBS, est aujourd'hui gestionnaire de patrimoine, tandis que son collaborateur le plus proche, John Costas, a fondé un bureau de conseil.

Et on peut citer dans un autre registre, celui de la crise de l'euro, la promotion à la tête de la compagnie d'assurances maison d'Antigone Loudiadis, la banquière de Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour rester dans la monnaie unique. Un si petit monde.

"La réputation d'un banquier concerne les autorités, pas les marchés, explique Peter Hahn, professeur à la Cass Business School. Les clients exigent le meilleur élément doté d'un carnet d'adresses étoffé, quel que soit son passé."

L'argument des intéressés est bien rodé. Si les dirigeants sont jugés responsables des agissements de leurs collaborateurs, il leur est néanmoins impossible de tout contrôler, développent-ils. Et puis, ils seraient victimes d'une société qui recherche des boucs émissaires et n'admet pas que les hommes au pouvoir puissent se tromper ou que les accidents arrivent.

Par ailleurs, ces financiers qui ont fait la crise rappellent qu'ils ne sont pas seuls responsables. Et d'accuser les gouvernements, qui ont dérégulé, les régulateurs, qui ont laissé faire, les banques centrales, qui n'ont rien vu venir. Or ces derniers n'ont pas eu de comptes à rendre, arguent les banquiers.

Sans parler de ces ex-ministres qui ont été promus. Ainsi de l'apôtre de la déréglementation, Larry Summers, secrétaire au Trésor de Bill Clinton, conseiller de Barack Obama et aujourd'hui l'un des favoris de la course à la présidence de la Réserve fédérale américaine.

"Je ne voulais pas terminer ma carrière sur un échec, particulièrement aux yeux de ma famille meurtrie par ma déchéance. C'est humain, je voulais sortir du métier par le haut", avoue un banquier de la City qui a rebondi après avoir dû démissionner. D'autres invoquent les coûteux honoraires d'avocats qu'il leur fallait régler dans le cadre de poursuites à leur encontre...

BRACONNIERS

Il ne faut pas mettre tous les banquiers dans le même sac. Bon nombre de braconniers, mêlés de près à l'éclatement de la bulle spéculative pour avoir en leur temps défendu la dérégulation à haute dose, se sont transformés en de redoutables gardes-chasses. La réussite de Gary Gensler, ex-associé de Goldman Sachs, aux commandes du régulateur des marchés de matières premières – la Commodity Futures Trading Commission (voir Le Monde du 30 août) –, de Robert Khuzami, ancien de la Deutsche Bank, passé au gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission, ou de Jean-Pierre Jouyet, ancien président de Barclays France, à la direction de l'Autorité des marchés financiers en atteste.

 

Lire : Le système bancaire mondial n'a pas éradiqué tous les risques

 

Tel est aussi le cas de Bill Winters, l'un des animateurs de l'équipe de JPMorgan qui avait inventé les fameux credit default swaps (CDS), ces contrats d'assurance sur une dette qui s'étaient révélés des outils de spéculation funestes. L'Américain a participé à la rédaction du rapport Vickers, au Royaume-Uni, publié en 2011, qui préconise, pour protéger les épargnants des folies des banques d'investissement, la sanctuarisation des activités de détail au sein des conglomérats financiers. 

Des parcours qui restent rares. Car, dans l'ensemble, en cinq ans, la culture bancaire n'a pas beaucoup changé. "La rupture n'a pas eu lieu. Il n'y a pas assez de sang neuf. On a pris les mêmes et on a recommencé", dit un ex-banquier londonien.

La plupart des gestionnaires de patrimoine, des banquiers d'affaires, comme au demeurant des administrateurs censés les superviser, proviennent du même vivier, business schools ou grandes écoles. Le népotisme est de rigueur au sein des hiérarchies comme des conseils de surveillance. Ainsi, le numéro deux de Goldman Sachs, Gary Cohn, est le dauphin attitré de Lloyd Blankfein. Les deux hommes issus du sérail travaillent côte à côte depuis 1981. 

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sur le même sujet, lire :

Derrière les 400 Américains les plus riches, les inégalités explosent

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/16/derriere-les-400-americains-les-plus-riches-les-inegalites-explosent_3478765_3234.html

Lehman BrothersÉdition abonnés Contenu exclusif

23/08/2013

Le journalisme, la cybersurveillance, le GUARDIAN

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/23/le-guardian-une-machine-a-scoops-pas-a-cash_3465331_3234.html

Le "Guardian", une machine à scoops, pas à cash

LE MONDE | 23.08.2013 à 10h04 |Par Marc Roche (Londres, correspondant)

Les Anglais ont l'art de réduire une victoire éclatante à un fait banal incidemment mentionné au détour d'une phrase. A cet égard, Alan Rusbridger, directeur de la rédaction du Guardian, est plus anglais que nature. Il ne se pousse jamais du col. Pourtant, ces jours-ci, il a de quoi pavoiser, à la lumière du retentissement planétaire des révélations du quotidien de centre-gauche à propos de l'existence du programme de surveillance mondial des communications de l'Agence américaine d'espionnage électronique.

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"Le journal est originaire de Manchester, nous n'avons jamais fait partie de l'establishment médiatique londonien, ce qui, allié à notre appartenance à une fondation, nous a permis de faire du vrai journalisme d'investigation", déclare l'intéressé, joint par Le Monde, jeudi 22 août.

C'est un récidiviste. Depuis 2011, outre l'affaire Snowden, le Guardian a multiplié les scoops : le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World, les révélations de WikiLeaks, les accusations de pédophilie contre l'ex-disc-jockey et animateur de la BBC, Jimmy Saville, l'évasion fiscale légale des multinationales, ou les émeutes urbaines de l'été 2011. Du beau travail.

lire aussi : Affaire Snowden, la rivalité avec le "Washington Post"

"TOUJOURS PRÊT À DÉFIER L'ORDRE ÉTABLI"

Cette pugnacité enchante ou horripile, c'est selon. Mais le succès suscite une interrogation : quelle est donc la recette du Guardian, alors que la presse écrite coule des jours moroses ? "Le plus du Guardian, commente George Brock, professeur de journalisme à la City Universityc'est d'être resté fidèle à ses origines, tolérant, social-démocrate et toujours prêt à défier l'ordre établi, de gauche comme de droite."

Fondé en 1821 à Manchester, au coeur du "pays noir", par des industriels du coton éclairés, dans la foulée de graves troubles sociaux, le titre est contrôlé par le Scott Trust, garant de son indépendance éditoriale et financière. Cette structure est le seul actionnaire de la maison mère du quotidien, le Guardian Media Group (GMG). Le portefeuille de GMG, diversifié, comprend notamment une participation de 50,1 % dans le très lucratif site de vente d'automobiles Auto Trader, des revues techniques spécialisées, une station de télévision, et même une entreprise de vente de logiciels. Le quotidien est le navire amiral du Guardian News & Medias, une filiale du GMG, qui inclut également l'Observer et le site Guardian.com. (http://www.theguardian.com/uk)


QUATRE PATRONS DE LA RÉDACTION DEPUIS 1944

Grâce à la protection du très riche Scott Trust, le Guardian n'a connu que quatre patrons de la rédaction depuis 1944 ! Si chez les concurrents, on ne compte plus les directeurs et rédacteurs remerciés, M. Rusbridger est aux commandes depuis 1995 après avoir gravi tous les échelons de la rédaction. Le patron de presse a ainsi pu échapper aux interventions intempestives d'un propriétaire. Cette formidable liberté d'action lui a permis de prendre des risques sans craindre de perdre sa place.

"La liberté de la presse existe aussi en interne. Entre la recherche de la vérité et les considérations commerciales, Alan choisira toujours la première", souligne Roy Greenslade, auteur d'un blog publié dans le Guardian, parfois critique de son employeur. Aux yeux de l'expert de la presse écrite britannique, le titre est un empire sans empereur. En effet, les superstars sont les journalistes d'investigation, considérés comme les plus opiniâtres de la place de Londres.

Le Guardian excelle aussi dans la couverture de l'international, en particulier, récemment, du "printemps arabe" ou du conflit au Mali. Il s'illustre aussi sur les thèmes de l'écologie, de la culture, du sport et des médias. Des chroniqueurs comme Polly Toynbee, la spécialiste des affaires sociales, rencontrent un grand succès. Les journalistes politiques font, eux, autorité jusqu'au 10 Downing Street, la résidence du premier ministre.

HOSTILITÉ AFFICHÉE DES TITRES DE DROITE

Le Guardian est un missionnaire du poil à gratter. La profession jalouse ses "coups", qui n'épargnent pas les autres propriétaires de journaux. Rupert Murdoch (News Corp), Lord Rothermere (Daily Mail) ou les frères Barclay (Daily Telegraph) haïssent ce trublion qui ne respecte pas l'omerta du microcosme qui interdit de critiquer la gent journalistique. L'absence de soutien éditorial suite au scandale de l'interpellation, dimanche 18 août à l'aéroport d'Heathrow, de David Miranda, le compagnon de Glenn Greenwald, l'auteur des révélations autour de Prism, témoigne de cette hostilité affichée.

Et pour cause, les titres de droite entendent protéger le premier ministre, David Cameron, mêlé à cet épisode, tandis que ceux de gauche, également circonspects, sont à l'évidence jaloux de ses moyens rédactionnels – plus de 600 journalistes à temps plein. M. Rusbridger évoque à ce sujet "une certaine complaisance, peut-être liée au caractère anglais". Il n'en dira pas plus.

Mais le ton et le contenu des éditoriaux sont souvent sans surprise, convenus, "comme s'il s'agissait d'un algorithme", regrette un diplomate, qui ne cache pourtant pas son admiration "pour ce très bon journal". Et, faute de grandes plumes, l'économie est le parent pauvre du quotidien. En raison de la proximité idéologique du Guardian avec les ONG et les associations, la City est souvent jugée à l'aune des dérives de ses opérateurs. Nul n'est parfait...

SON SITE WEB EST SA PLUS GRANDE RÉUSSITE

La plus grande réussite du Guardian est incontestablement son site Web, le deuxième du pays avec 40 millions de visiteurs par mois, dont les deux tiers sont basés à l'étranger. L'Internet est gratuit "au nom de la défense d'un journalisme ouvert. Si l'accès est payant, on ne s'adresse qu'à l'élite", insiste Alan Rusbridger. En revanche, les applications – tablettes et téléphones – sont payantes. Facile à naviguer, doté d'excellents systèmes d'alerte, Guardian.co.uk. est l'un des sites les plus populaires aux Etats-Unis, derrière ceux du Daily Mail et du New York Times. D'où la décision de M. Rusbridger d'installer, en 2011, une salle de rédaction Web dotée de tous les atours à New York. L'expérience a été répétée en Australie. Aujourd'hui, le numérique représente 28 % des revenus du journal.

Reste que l'effet des scoops sur les ventes est temporaire. A l'évidence, le Guardian n'a toujours pas trouvé son modèle économique. En juillet, les ventes papier se sont élevées à 191 182 exemplaires, loin devant The Independent (72 271), mais à la traîne du Daily Telegraph (555 817). A l'automne 2011, celles-ci s'élevaient encore en moyenne à 240 000 exemplaires. "Le Guardian a choisi de dépendre exclusivement de la publicité, pour son site Web, or elle se porte surtout sur le quotidien et faute d'économies d'échelle, cette stratégie ne peut pas soutenir une rédaction aussi nombreuse", estime Douglas McCabe, directeur de la société de consultant Enders Analysis.

Par le truchement de la cession de ses titres régionaux et de sa station de radio, le groupe est redevenu bénéficiaire en 2012-2013. En revanche, le Guardian, l'Observer et le site ont perdu 30,9 millions de livres (36 millions d'euros) lors de l'exercice annuel se terminant le 31 mars 2013. Côté recettes, la perte des petites annonces d'emplois de la fonction publique, la chute des ventes en kiosques et les difficultés de l'Observer ont pesé sur les résultats. Malgré une soixantaine de départs volontaires, la rédaction reste pléthorique. Le siège londonien ultra-moderne de King's Cross, apparaît surdimensionné.

Face à ces défis, nombre de spécialistes estiment que les jours du Guardian dans sa forme actuelle sont comptés. A long terme, le quotidien pourrait être à 100 % numérique, avec une édition papier transformée en hebdomadaire. M. Rusbridger est formel : "Ce n'est pas notre intention." Le Guardian est entre de bonnes mains.

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21/08/2013

Le Chili et ses aborigènes

lu sur :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/08/21/l-onu-critique-l-utilisation-d-une-loi-antiterroriste-contre-les-mapuche_3464267_3222.html

L'ONU critique l'utilisation d'une loi antiterroriste de Pinochet contre les Mapuche

LE MONDE | 21.08.2013 à 12h13 |Par Christine Legrand (Buenos Aires, correspondante )

Les droits des peuples autochtones sont à nouveau au cœur des débats à Santiago du Chili. Après mort d'un Mapuche de 26 ans, Rodrigo Melinao, une lettre ouverte a été remise, le 14 août, au président de droite, Sebastian Piñera. Les défenseurs des indigènes y exhortent le gouvernement à ne plus appliquer la loi antiterroriste héritée de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990) à l'encontre des communautés mapuche qui vivent en Araucane, dans le sud du pays, où elles sont menacées d'extinction. La jeune victime aurait été tuée par balle par la police militaire.

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Quelques jours avant, le gouvernement avait rejeté comme "non fondées" les demandes de l'ONU de ne plus appliquer cette loi controversée. Depuis plusieurs années, les Nations unies accusent le Chili de racisme et de discrimination à l'égard des Mapuche.

Fin juillet, Ben Emmerson, le rapporteur spécial de l'ONU sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, a recommandé "que cesse immédiatement tout usage de cette législation au sujet des revendications territoriales mapuche". Cet avocat, expert en droit international, a affirmé que la loi antiterroriste "était utilisée comme mode de discrimination contre les Mapuche", première minorité indigène du Chili, avec quelque 700 000 membres, soit 6 % de la population.

"MANQUE DE FONDEMENT ET D'INFORMATION", RÉPOND LE MINISTRE

Il a recommandé au prochain président du Chili, qui sera élu en novembre, de créer un ministère des affaires indigènes qui "résolve la dette historique de l'Etat chilien" et en "finisse avec ce cycle de violence avant qu'il ne devienne incontrôlable". Le sort des Mapuche dépend actuellement du ministère du développement social. Il a enfin souligné la nécessité de faire approuver par le Parlement chilien une loi garantissant la reconnaissance constitutionnelle des peuples aborigènes.

"Il ne nous paraît pas approprié qu'un observateur de l'ONU, qui n'a aucune responsabilité sur la sécurité du pays, émette un avis qui manque de fondement et d'information", a répondu le ministre de l'intérieur et de la sécurité, Andres Chadwick. Estimant que "le Chili n'est pas à l'abri des actions terroristes", il a défendu une "loi spéciale qui permette de les combattre".

En janvier, après la mort d'un couple d'agriculteurs tué au cours de l'incendie de leur ferme, Cristian Larroulet, le secrétaire général de la présidence, avait indiqué : "nous sommes en présence d'un groupe terroriste organisé, bien entraîné, et qui a des contacts avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche)". Le président Piñera s'était rendu sur les lieux dénonçant la violence de "groupes extrémistes". La loi antiterroriste dictée en 1984 par le général Pinochet restreint les droits de la défense et durcit, notamment, le cadre de la détention.

"DETTE HISTORIQUE DE L'ETAT"

Les Mapuche ("peuple de la terre") vivent pauvrement de l'agriculture et de l'élevage. Ils réclament la restitution de terres ancestrales entre les mains de grands propriétaires terriens et de multinationales. Ils sont l'un des rares peuples à avoir résisté, au XVIe siècle, à la conquête espagnole. Des affrontements les opposent régulièrement aux forces de l'ordre. Plus d'une dizaine de Mapuche ont été tués par balles au cours des dernières années lors de répressions dénoncées par des associations de défense des droits de l'homme, tel Amnesty International.

Le mouvement Mapuche est aujourd'hui affaibli par ses divisions. Les plus radicaux exigent le droit à l'autonomie et à l'autodétermination. Une dizaine de procès sont en cours contre 85 indigènes. "Aucun gouvernement ne s'intéresse à la cause Mapuche, ni celui de Piñera, ni les antérieurs de la Concertation de centre gauche, qui ont gouverné pendant vingt ans, après le retour de la démocratie", dénonce Jorge Huenchullan, le porte-parole de la communauté Mapuche de Temucuicui.

En 2009, sous le gouvernement de Michelle Bachelet – grande favorite pour le scrutin du 17 novembre –, la présidente socialiste avait également recouru à la loi antiterroriste pour des violences en Araucane.

14/08/2013

L'Iran et la paix au Moyen-Orient

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/13/l-iran-doit-etre-integre-a-toute-discussion-sur-l-avenir-du-moyen-orient_3461045_3232.html

L'Iran doit être intégré à toute discussion sur l'avenir du Moyen-Orient

LE MONDE | 13.08.2013 à 21h00 |François Géré (Président de l'Institut français d'analyse stratégique)

Comme tout homme politique qui arrive aux affaires, Hassan Rohani, le nouveau président iranien, doit en priorité se pencher sur la situation intérieure de son pays. Il lui faut apaiser un mécontentement social général engendré par huit ans de lamentable gestion économique. Quand bien même les sanctions ne sont pas les causes de cette situation, elles l'ont considérablement aggravée. Le redressement suppose un environnement international apaisé, sinon pacifique. Le président doit donc traiter deux dossiers internationaux : le nucléaire militaire et la Syrie.

Or, le président iranien a subi sa première épreuve sur la scène internationale. Elle porte sur l'existence de l'Etat d'Israël. A une première déclaration prétendument mal traduite est venu se substituer un démenti. Traduction est trahison. Mais qui a trahi ? Aurait-on voulu, à Téhéran même où il ne manque pas d'adversaires,mettre M. Rohani dans l'embarras. Ainsi pourra-t-on en fonction de l'usage que l'on entend faire de ses propos transformer le nouveau président en piètre successeur d'Ahmadinejad ou en modéré qui a réduit le niveau de l'agressivité et revient ainsi à la tonalité de M. Khatami. Le président recherche-t-il à l'égard d'Israël une ambiguïté politico-stratégique qui somme toute s'adapterait bien à la posture israélienne ?

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Périodiquement, les chefs du gouvernement hébreu font une déclaration de rappel laissant entendre qu'Israël dispose de l'arme atomique (depuis plus de vingt ans, on crédite Israël de 150 à 200 charges nucléaires), mais sans l'avoir, tout en l'ayant, si nécessaire. A bon entendeur, salut ! Tout particulièrement salut à ceux qui seraient tentés par l'aventure de la bombe, comme l'Irak (raid de destruction d'Osiraq en 1981), la Syrie (bombardement de 2007) et plus gravement aujourd'hui l'Iran, désigné comme cible d'une potentielle opération fortement controversée.

Depuis un an, M. Nétanyahou s'adonne au jeu de la "ligne rouge". Ce vieux "machin" diplomatique qui avait fait la preuve de son inutilité et de sa nocivité durant la guerre froide est revenu à la mode, faute d'imagination sans doute. Le président Obama a repris cette rhétorique dans l'éventualité de l'utilisation des armes chimiques en Syrie. Or le gaz sarin a été utilisé, preuves à l'appui. Que font ensuite les Etats-Unis ? Bien peu. Poser une ligne rouge s'avère finalement plus dangereux pour soi que pour l'adversaire. Car c'est s'engager à la faire respecter. Y manquer revient à suggérer une aboulie politique durablement dommageable.

L'Iran est devenu un Etat du seuil. Il lui est possible, s'il le décide, de fabriquerquelques armes nucléaires rudimentaires en peu de temps. Or, Téhéran entendconserver ce rang sans chercher à aller au-delà. Il en résulte un jeu pervers avec le seuil qui explique la confusion apparente des négociations sans cesse avortées de ces dernières années. Car, derrière ces palabres, les adversaires visent àenterrer durablement toute capacité militaire nucléaire de l'Iran. Ce que les dirigeants iraniens, toutes tendances unifiées, refusent.

Il serait en effet avantageux pour Téhéran d'acquérir une posture stratégique nucléaire proche de la symétrie avec Israël. Cela permettrait de faire quasiment jeu égal sur le plan diplomatique ; cela créerait une ambiguïté dans la région ; cela compliquerait singulièrement le fondement des alliances, les postures de chacun des acteurs régionaux et celle de leurs alliés notamment les Etats-Unis.

A vrai dire, ce scénario a été traité par le Pentagone. Grâce à une dissuasion nucléaire élargie et à une défense antimissile régionale vendue à grands frais, les Etats-Unis peuvent se présenter comme l'ultime bouclier face à un Iran potentiellement nucléaire. "Paix improbable, guerre impossible", la formule de Raymond Aron pour caractériser la guerre froide pourrait s'appliquer au Moyen-Orient, créant ainsi une stabilité relative.

Le second test des intentions du président Rohani ne tolère pas la même ambiguïté, car il s'agit de l'engagement à l'égard de la Syrie. L'Iran veut-ilcontribuer à stabiliser le conflit, en évitant un éclatement territorial de la Syrie (et du Liban) ? Ou bien Téhéran cherche-t-il un embrasement dont le résultat final, avec la victoire du Hezbollah et de Bachar Al-Assad, lui serait favorable ? La meilleure façon de prendre la mesure de la volonté du nouveau président est donc de voir ses cartes lors de l'improbable conférence de Genève, quand bien même on serait sans illusion sur le succès final d'une paix en Syrie.

Prétendre tenir l'Iran en dehors de ce dialogue constituerait une faute diplomatique d'une arrogante naïveté. Il convient de donner un siège à toutes les parties directes et indirectes. Ne serait-ce que pour faire état de leur malveillante obstruction. Le cœur de la partie se situe donc au croisement entre la fin de la guerre en Syrie et la position nucléaire de l'Iran. Terminer la guerre ici, la rendreinutile là-bas. Tels sont les objectifs utiles. Il va sans dire que l'issue aura un impact considérable sur les relations avec Israël.

M. Nétanyahou a déclaré : "M. Jalili était un loup déguisé en loup. M. Rohani est un loup déguisé en agneau." Benjamin Nétanyahou serait-il un agneau déguisé en... agneau ?

Iran

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"In God we trust" (*): l'effet pervers de la conviction d'un destin messianique des États-Unis

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/12/guantanamo-et-prism-perversions-de-l-antiterrorisme_3460274_3232.html

Guantanamo et Prism, perversions de l'antiterrorisme

LE MONDE | 12.08.2013 à 11h05 • Mis à jour le 12.08.2013 à 14h16 |Par Natalie Nougayrède

Edito du "Monde". L'affaire Snowden n'en finit pas de réveiller le traumatisme du 11 septembre 2001. Et de démontrer l'érosion des libertés publiques qui a accompagné la politique antiterroriste, aux Etats-Unis, mais également en Europe.

Au fil des révélations sur l'ampleur du dispositif de renseignement américain et sur le soutien actif qu'il a trouvé chez certains alliés de Washington, on prend la mesure de ce recul de la vigilance sur des valeurs démocratiques fondamentales. Tout aussi frappante est l'accoutumance, voire l'indifférence, en la matière, de nombreux responsables politiques européens. A ce jour, les Etats-Unis et l'Allemagne sont les seuls pays où le "choc" Snowden a déclenché un réel débat sur l'équilibre à trouver entre sécurité et liberté.

En France, peu de voix se sont élevées pour demander des éclaircissements, pour creuser la question d'une complicité possible entre nos services de renseignement et un appareil sécuritaire américain dont les dérives ne cessent d'être mises au jour. Comme si la lutte contre un danger terroriste – dont la France a fait la cruelle expérience sur son sol dans les années 1980-1990, avant les Américains – valait blanc-seing définitif à tout ce que les gouvernants ont puentreprendre depuis 2001 en réaction à la menace Al-Qaida.

En annonçant, le 9 août, plusieurs mesures de transparence, c'est un Barack Obama sur la défensive qui a tenté de rétablir la "confiance" de l'opinion envers les méthodes de surveillance déployées par la puissante National Security Agency (NSA). Le président américain n'a en rien annoncé un démantèlement du programme Prism, grâce auquel des masses énormes de métadonnées sont passées au peigne fin. Il assure que le système ne donne pas lieu à des abus. Selon lui, le problème résiderait dans la perception du programme – et non pas dans son existence. La démocratie américaine comporte de puissants contre-pouvoirs, qui seront mis à l'épreuve sur ce dossier comme ils l'ont déjà été, durement, durant la présidence de George W. Bush.

La sinistre victoire posthume de Ben Laden est là, dans cette marque apparemment indélébile laissée par la "guerre contre le terrorisme". La "guerre de nécessité" en Afghanistan puis la "guerre de choix" en Irak ont produit deux corruptions majeures : un recul du droit international humanitaire et la mise en cause des protections qu'accordent les conventions de Genève. Ce fut la naissance d'un droit militaire d'exception, négation de l'habeas corpus. Et d'une législation d'exception, le Patriot Act, qui fonde l'action de la NSA. La démocratie américaine a accouché de deux monstres jumeaux : Guantanamo et Prism.

L'évolution de Barack Obama est spectaculaire. Brillant théoricien de la "guerre juste" devant le comité Nobel, il s'est révélé grand praticien des guerres secrètes : le recours abondant aux drones et les écoutes électroniques mondiales. L'admirateur proclamé de Martin Luther King apparaît sans cesse en proie à des contradictions inhérentes au rôle de "commandant en chef", tel qu'il se l'assigne.

Il y a dix ans, l'intellectuel américain Robert Kagan décrivait l'Europe comme une"Vénus", en opposition au "Mars" américain. Elle donne l'impression d'assister de loin à ces dilemmes, comme s'ils ne la concernaient pas. Ce serait vite oublierqu'elle aussi a été corrompue dans ses principes par les années d'antiterrorisme. Elle a accueilli les vols secrets de la CIA et hébergé des prisons secrètes de la même agence, par où transitaient des détenus vers Guantanamo. L'Europe a enrôlé dans ses opérations antiterroristes les régimes les moins fréquentables, leur offrant un quitus, voire un statut d'alliés jusqu'à ce que certains soient renversés par des révoltes populaires en 2011.

Le continent dit du "soft power" aura beaucoup abdiqué dans ce consentement muet. Les Britanniques dans un rôle de "mercenaires" de l'équipe Bush, les Allemands, en flirtant avec les méthodes d'écoute de l'ancienne Stasi dans le cadre d'un accord passé en 2002 avec Washington par le chancelier Schröder, et les Français en accueillant au coeur de Paris un centre secret, "Alliance Base", où les services de six pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Canada,Australie) coopéraient étroitement, ainsi que l'a décrit en 2005 le Washington Post.

La DGSE qui, comme Le Monde l'a révélé en juillet, dispose d'un programme de surveillance similaire à celui de la NSA, quoique moins puissant, a-t-elle pu dans ces conditions tout ignorer des dérives de Washington ? Ou même s'en démarquer ? Les dirigeants français ont préféré s'indigner de l'espionnage américain plutôt que de s'attarder sur ces questions.

L'examen de la décennie d'efforts transatlantiques dans l'"antiterrorisme" est loin d'être terminé, et c'est là le principal mérite des révélations de Snowden. Comment, d'ailleurs, qualifier celui-ci : une nouvelle dissidence à l'heure digitale ? Un naïf instrumentalisé par la Chine et la Russie qui lui offre "l'asile" et n'ignore sans doute rien de ses fichiers ? Les nouveaux outils technologiques, la numérisation de tout et de nos vies, n'ont pas fini de soulever des questions profondes sur l'information, les libertés, le contrôle démocratique sur la surveillance opérée par les Etats et les sociétés.

Le terrorisme doit être combattu mais les démocraties perdent la bataille si elles y sacrifient l'exigence de garde-fous solides, de mécanismes de contrôle, sanctuarisant la liberté de chacun de communiquer sans avoir la crainte d'être surveillé pour des raisons opaques. Ce sont ces garanties qui distinguent les démocraties des régimes autoritaires. M. Obama l'a souligné, évoquant la propension de "certains gouvernements" non seulement à surveiller sans limites, mais "à jeter leurs propres citoyens en prison pour ce qu'ils ont dit "online"". Utile et nécessaire rappel. Mais insuffisant pour lever les doutes sur les pratiques de pays démocratiques qui se veulent exemplaires.

Natalie Nougayrède

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(*) "In God we trust"

In God we trust - Wikipedia, the free encyclopedia

http://en.wikipedia.org/wiki/In_God_we_trust

History of 'In God We Trust' - Department of the Treasury

http://www.treasury.gov/about/education/Pages/in-god-we-trust.aspx


La toute puissance de la Commission européenne ( il faut sortir de "l'Europe" !)

communiqué :


OGM : LA DÉMOCRATIE EST EN DANGER

par Frédéric JACQUEMART , août 2013

Cette tribune, co-signée par des organisations [1] très engagées dans le débat sur les OGM notamment, a été écrite après l’autorisation européenne du maïs SmartStax® , qui comporte huit événements de transformation et avant l’arrêt du Conseil d’État qui annule le moratoire sur la culture en France du maïs MON810.
Cette tribune a été envoyée au journal Le Monde, qui l’a gardée sous le coude sans, finalement, la publier, puis à Médiapart et Rue89, qui ne l’ont pas publiée non plus. Inf’OGM a donc décidé de le faire.

Une grenouille mise dans l’eau chaude saute et se sauve. Une grenouille mise dans l’eau froide et chauffée progressivement se laisse cuire.

 La démocratie en est à un degré de cuisson proche de l’irréversible.
Les organisations signataires du présent article sont concernées au cœur même de leurs activités par les biotechnologies et notamment les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). C’est donc ce domaine-là qui sera pris comme exemple, à partir du récent vote des États membres de l’UE sur le maïs génétiquement modifié SmartStax® [2] et le pollen du MON810, mais nos remarques et conclusions peuvent être facilement étendues à l’ensemble des nouvelles technologies. En effet, les innovations techniques sont tellement nombreuses et arrivent à un rythme tellement effréné, demandant des connaissances tellement pointues, que les citoyens, dont la vie et celle de leurs descendants est profondément affectée par ces innovations, ne peuvent en prendre connaissance que viades experts, qui sont ceux-là mêmes qui produisent ces innovations (ou en tout cas qui sont dans le même moule).
En plus de la complexité technique du sujet (le SmartStax® est un maïs à empilage dans lequel on a introduit huit transgènes, dont le Cry1A105, qui est lui-même une synthèse réalisée à partir de plusieurs gènes bactériens, etc.), le cadre règlementaire - national et européen - qui les concerne et les procédures d’autorisation de mise sur le marché, sont d’une opacité redoutable, impliquant en outre de connaître le contexte des accords internationaux, dont l’OMC. L’industrie de la semence a, elle, les moyens financiers et humains nécessaires et sait mettre à profit, à son profit, cette opacité. Ainsi, différentes combinaisons de transgènes présents dans le SmartStax® vont être autorisées par la Commission européenne, malgré l’opposition réitérée du gouvernement français, SANS JAMAIS AVOIR ÉTÉ ÉVALUÉES, ceci au nez et à la barbe des citoyens européens, qui ne sont pas prêts de comprendre ce tour de passe-passe et qui devront, très bientôt, consommer ce maïs dont ils ne savent rien et qui leur est imposé par l’industrie semencière via la Commission européenne.
En plus de cette complexité technique, il y a plus grave encore. En cette période de repos estival où la chaleur du sable l’emporte sur tout autre sujet, la barrière de protection mise par les gouvernements français successifs contre la culture du maïs MON810 (seul maïs GM autorisé à la culture en Europe) va probablement tomber. Cet exemple est particulièrement instructif.
L’industrie a décidé que les OGM seraient évalués (ce qui n’allait pas de soi lors de l’administration Reagan) et a au moins en partie écrit les procédures de cette évaluation dans le droit international [3]. Il résulte de cela que la question des OGM est réduite à la partie strictement technique, alors même qu’il s’agit d’une question de société. La contestation du bien-fondé d’une autorisation se trouve donc obligatoirement formulée en termes techniques, appuyés par des données scientifiques. Ainsi, pour pouvoir prendre un moratoire interdisant la culture en France du MON810 autorisé par la Commission européenne, le gouvernement français DOIT limiter son argumentaire à des éléments techniques, montrant un risque grave pour la santé et l’environnement. Non seulement le citoyen est privé de fait de son droit à la démocratie, mais les gouvernements eux-mêmes sont privés de leur exercice politique par les firmes semencières !
Que l’apiculture, une profession déjà gravement atteinte par les excès de l’agriculture industrielle, se voit encore fragilisée par l’introduction du maïs MON810 en France, que l’agriculture biologique, enfin reconnue, se trouve devant une difficulté quasi insurmontable [4], que les semences paysannes de maïs, considérées comme devant être préservées, comme l’ont justement souligné deux recommandations du Haut Conseil des Biotechnologies (sur la co-existence et sur la propriété industrielle), ne puissent perdurer[La co-existence avec le maïs conventionnel, pour lequel les semences sont rachetées chaque année est déjà très difficile, mais elle est impossible pour les semences paysannes, car c’est à partir de la récolte que les graines sont à chaque fois sélectionnées, pérennisant ainsi les contaminations par les OGM]], tout cela est parfaitement inopérant, car décrété hors sujet par les producteurs d’OGM.
Un gouvernement a-t-il le droit de s’engager dans une politique agricole ? A-t-il le droit de décider d’encourager la baisse de l’usage des pesticides et de souhaiter ralentir la destruction des sols en incitant aux rotations longues (le MON810, par la solution de facilité à court terme qu’il apporte, va à l’encontre de l’effort nécessaire pour l’adoption de pratiques durables) ? Un gouvernement a-t-il le droit de songer à l’indépendance de son pays en matière d’alimentation alors même qu’il constate la concentration du pouvoir alimentaire entre les mains de quelques multinationales ? Un gouvernement a-t-il le droit, finalement, de faire de la politique ? En matière agricole, excusez du peu, la réponse est non : les règles sont fixées par l’industrie, elles sont incompréhensibles par le citoyen, elles emprisonnent les politiques, et la justice, bien malgré elle, devient une arme au service d’intérêts particuliers.
Ce schéma général est le même pour l’ensemble des technologies émergentes, qui ne sont pas seulement un problème technique, mais bien surtout un problème DÉMOCRATIQUE. Reste la réponse politique que chacun, quelle que soit sa place dans la société, peut donner en son âme et conscience.
 

[1FNE, GIET, UNAF, RSP, Confédération Paysanne, Amis de la Terre, Nature et Progrès
[2Le 11 juillet 2013, les États membres n’ont pas atteint de majorité qualifiée pour ou contre une autorisation du maïs SmartStax et huit maïs « sous-combinés » de ce dernier. La Commission européenne est donc seule décisionnaire. Cf. Inf'OGM« UE - OGM : Bientôt onze nouvelles autorisations pour Monsanto, dont une pour son maïs SmartStax ? »Eric MEUNIER, 11 juillet 2013
[3L’histoire très instructive du fameux « test de résistance à la pepsine », décortiqué par Inf’OGM dans son ouvrage « Évaluation des OGM : l’expertise tourne le dos à la science » est caractéristique
[4En Espagne, où le MON810 est autorisé et cultivé, le maïs biologique n’existe qu’à titre relictuel, loin des zones de grandes cultures

09/08/2013

RFA, USA, NSA

lu sur :

http://www.lemonde.fr/international/article/2013/08/08/le-camp-merkel-revele-que-la-cooperation-avec-la-nsa-remonte-a-l-equipe-schroder_3458871_3210.html

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Le camp Merkel révèle que la coopération avec la NSA remonte à l'équipe Schröder

Le gouvernement social-démocrate avait signé, en 2002, un accord pour permettre les écoutes de l'agence de sécurité américaine.

LE MONDE | 08.08.2013 à 11h12 |

Par Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)

Coup de théâtre dans le scandale des écoutes de la NSA en Allemagne. Pour contrer les attaques de l'opposition, la chancellerie a révélé, mercredi 7 août, que le Parti social-démocrate (SPD) était au courant depuis longtemps des activités des services secrets américains sur le territoire allemand. L'ancien secrétaire SPD de la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier, aujourd'hui président du groupe au Bundestag, est directement mis en cause. 
 

Les informations du lanceur d'alerte Edward Snowden avaient montré que l'Allemagne était une cible de choix des services de renseignement américains. Des centaines de milliers de métadonnées en provenance d'Allemagne auraient été interceptées. L'hebdomadaire Der Spiegel avait révélé samedi que les services allemands non seulement étaient parfaitement au courant de ces écoutes, mais qu'ils avaient prêté main-forte à leurs collègues américains. La base de Bad Aibling (Bavière) est, selon le Spiegel, un centre d'écoute utilisé par les Américains.

Après les révélations, les services allemands avaient reconnu les faits, précisant que les communications des citoyens allemands n'étaient pas concernées par ces écoutes. La coopération germano-américaine est parfaitement légale, ont-ils précisé, puisqu'elle repose sur un accord de 2002. 

LE SPD MIS EN CAUSE

Mise sous pression par l'opposition, la chancellerie a précisé, mercredi, que le traité de coopération des services secrets était parfaitement connu du SPD. Et pour cause : le signataire du traité n'était autre que M. Steinmeier, secrétaire de la chancellerie en 2002, dans le gouvernement de Gerhard Schroeder. 

Le SPD, qui n'avait pas ménagé ses attaques contre Angela Merkel, est désormais sur la sellette. Mercredi soir, M. Steinmeier a réagi vivement aux reproches de double discours. Il a rappelé que la signature du traité de coopération avait eu lieu dans le contexte de l'après – 11-Septembre 2001. "Cette coopération était nécessaire à cette époque pour faire la lumière sur un horrible crime. Cela n'a rien à voir avec l'écrémage systématique de données de nos citoyens", a-t-il lancé. Il a jugé "lamentable" la façon dont le gouvernement "chercherait à fuir ses responsabilités".

Katja Kipping, présidente du parti de gauche Die Linke, a qualifié jeudi M. Steinmeier de "plus grand dissimulateur de toute cette affaire d'espionnage""Quand le candidat Peer Steinbrück nous gratifie chaque jour de son théâtre d'indignation, il apparaît que l'ancien gouvernement SPD-Verts a ouvert toutes les portes qui permettent aujourd'hui à la NSA et aux grands groupes privés de pomper des données venues d'Allemagne." Die Linke demande une commission d'enquête.

"Le SPD est démasqué", a renchéri le président du Parti libéral, Philipp Rösler. Les chrétiens-démocrates, heureux d'avoir pu rejeter une part de responsabilité sur leurs concurrents dans une affaire potentiellement explosive, ont multiplié les attaques. Le SPD, qui perd toute crédibilité dans l'affaire, tente de réagir. Mercredi, il a fait publier une déclaration sur l'honneur de M. Steinmeier, précisant que l'ancien ministre "n'aurait jamais accepté que les droits élémentaires des citoyennes et citoyens allemands soient violés, au su de l'administration allemande".

Lire aussi : L'affaire des écoutes parasite la campagne allemande

Scandale des écoutes de la NSA
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02/07/2013

Il est plus que temps de défendre la langue française

Un appel qui est toujours d'actualité.

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/12/07/langue-francaise-etat-d-urgence-par-un-collectif-d-associations_1277289_3232.html

Langue française : état d'urgence, par un collectif d'associations

Le Monde.fr | 07.12.2009 à 16h46 • Mis à jour le 07.12.2009 à 18h02

Les associations qui signent cet appel regroupent des démocrates de toutes sensibilités idéologiques. Unanimes, elles dressent un constat angoissant du sort politique fait à la langue française en France. 
"Langue de la République" (art. II de la Constitution), le français est une condition du vivre-ensemble national et républicain, et, selon les sondages récents, il est pour 80 % de nos concitoyens un des principaux piliers de l'"identité nationale". Or, le français est aussi gravement menacé chez nous qu'au Québec, en Afriquefrancophone, en Wallonie ou en Suisse romande. Il l'est moins par l'air du temps que par une politique linguistique menée surtout par de grandes entreprisesfrançaises avec l'appui de milieux politiques, certes européens et transatlantiques, mais d'abord hexagonaux. Après Michel Serres, observant qu'" il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu'il n'y avait de mots allemands sous l'Occupation", le linguiste Claude Hagège classe le français parmi les langues menacées dans son Dictionnaire amoureux des langues.

L'heure est donc venue d'appeler tous les citoyens à la résistance linguistique.

Nos associations en appellent au peuple français et à tous les francophones du monde, à tous ceux qui savent ce que la liberté, l'égalité, la fraternité, mais aussi la littérature, la philosophie, le droit et les sciences doivent à la langue des Molière, Césaire, Verhaeren et Senghor.

Depuis longtemps, on n'en est plus aux seuls emprunts massifs à l'anglo-américain ; nombre de grandes entreprises s'emploient à basculer au tout-anglais une bonne part de leurs pratiques langagières : "Time to move !" est le titre du programme de mutations que France-Teuleucom impose à ses salariés, ajoutant l'humiliation linguistique à l'effrayante dégradation de leurs conditions de travail. C'est aussi la mode – le "mood" – chez AREVA... Dans la distribution, Carrefour, Auchan... basculent leurs produits et enseignes à l'anglais de bazar, imités par des services publics comme la SNCF, La Poste ou Air France... Loin du programme du Conseil national de la Résistance, la devise du Medef n'est-elle pas"ready for the future" ? Sommet du "dialogue social" : c'est en anglais que les ouvriers de Continental-Clairoix, réunis dans leur cour d'usine, ont appris leur licenciement collectif ! Les choses sont déjà si avancées, tels les fromages forts, que des syndicats de diverses obédiences, CGT, CFTC, UNSA, CGC..., ont dûmonter au créneau pour " défendre le droit de travailler en français en France ".

Voyez aussi les travaux de la recherche scientifique française : des siècles après l'acte révolutionnaire de Descartes publiant en français le Discours de la méthode, ils ne sont souvent plus pensés et écrits par nos chercheurs qu'en anglo-américain, même pas toujours traduits en français. Passons sur la chanson, sur les pubs en anglais qui, aux heures de grande écoute, ciblent surtout les jeunes, les enfants... Que fait le CSA ?

On ne voit que trop qui sert cette politique d'anéantissement linguistique sous son emballage pseudo-moderne : elle sert cette "élite" et ces privilégiés qui, pas seulement à droite, n'hésitent pas à désintégrer leur langue maternelle pour mieux intégrer l'élite mondialisée et ressembler à leurs maîtres ! Les "gens de peu", pour leur part, sont voués à une discrimination linguistique plus forte que jamais. Quant à nos cadres moyens qui croient s'en tirer en ingurgitant le "Wall Street English" promu dans le métro parisien, le basculement au tout-anglais consacre leur aliénation dans un travail de plus en plus dévalorisé.

Face aux coups portés, le silence des autorités inquiète. Pis : des ministres approuvent ou annoncent diverses mesures de substitution de l'anglais au français, des petites classes jusqu'à l'enseignement supérieur. Ainsi la nouvelle antenne de Reims de Sciences-Po dispensera-t-elle tous ses cours en anglais. Ainsi Mme Valérie Pécresse semble-t-elle chercher à extraire l'Université du champ de la loi Toubon. Ainsi le chef de l'Etat annonce-t-il que des enseignements fondamentaux du second degré pourraient être dispensés "en langues étrangères"(traduisons : en anglais).

De cet arrachage linguistique, c'est peu dire que l'Union européenne, à laquelle ses textes fondateurs font pourtant obligation de défendre les langues nationales, fait peu de cas. Au nom du libéralisme économique, son exécutif s'emploie même à démanteler toute protection juridique des langues nationales, au point que c'est souvent de directives bruxelloises que se prévalent les décideurs français pourcontourner la loi.
C'est pourquoi nous exigeons un grand débat national sur la place respective du français et des autres langues, pour que l'assassinat linguistique planifié ne puisse s'accomplir en silence et pour que le peuple souverain se saisisse de la défensede sa langue.

L'actuel gouvernement qui glose sur l'identité nationale va-t-il contribuer àenfermer le peuple français dans une langue unique imposée ? La défense de notre héritage linguistique implique une protection et une promotion actives de la langue française, de la diversité linguistique et de la francophonie, sur notre continent et dans le monde. Parlons ici seulement de ce qu'il faut pour revenir au bon sens : à l'école élémentaire ou au collège, asseoir d'abord un solide apprentissage des langues nationales en Europe, puis commencer celui de deux langues étrangères dont la première, selon la recommandation du professeur Hagège, serait autre que l'anglais ; réaffirmer le français comme langue de l'enseignement supérieur ; lui rendre droit de cité dans la recherche ; fairerespecter par Bruxelles sa propre législation linguistique.

Notre appel s'adresse aussi aux espérantistes, aux amis des langues régionales, vite éradiquées si la langue commune était marginalisée, aux immigrés qui veulentcontinuer à parler notre langue sans oublier celle de leur pays d'origine, à nos compatriotes des DOM qui veulent parler français ET créole. Si une langue de portée mondiale comme la nôtre finissait par être supplantée sur sa terre natale, quelle autre langue, en Europe, pourrait résister au rouleau compresseur de l'anglo-américain ? Cet appel à la résistance et à la créativité linguistique de tous les francophones s'adresse aux citoyens et aux décideurs conscients de leurs responsabilités, aux salariés, étudiants, enseignants, entrepreneurs de base, qui font vivre le français en l'habitant au quotidien. Car, en marginalisant sa langue, c'est le peuple qu'en définitive on voudrait déloger de ses rêves.

Nous interpellons enfin avec gravité les écrivains, penseurs, traducteurs et autres créateurs de toute la francophonie, partout où notre langue est pratiquée et aimée :vous dont la langue constitue l'outil de travail et l'élément existentiel, entrez en résistance publique contre la langue unique ! Cinq siècles après Joachim du Bellay appelant à la "défense et [l']illustration" du français, faisons vivre notre langue et défendons-la contre la logique barbare de l'argent roi.

Signataires :

Alliance Champlain,
Association francophonie avenir 
(Afrav),

Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française (Asselaf),
Avenir de la langue française (ALF),
Cercle littéraire des écrivains cheminots (CLEC),
CO.U.R.R.I.E.L.,
Défense de la langue française Paris-Ile-de-France (DLF Paris-IDF),
Forum francophone international France (FFI France),
Le droit de comprendre (DDC),
Le français en partage,
Gerflint.

23/06/2013

Comment présenter une liste aux municipales de 2014 (rappel)

( reprise de la note du 13/12/2012 ) Les personnes intéressées peuvent laisser un commentaire indiquant simplement leur commune. Elles seront mises en contact par mon intermédiaire. 
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voir aussi :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Élection_municipale_française

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=72C15BC983304B77222E6589ECFDA967.tpdjo06v_2?cidTexte=JORFTEXT000000400185&dateTexte=20130623


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Comment présenter une liste aux prochaines municipales ?

Il n'est pas très facile de savoir comment s'y prendre quand on ne l'a jamais fait.
Comme vous pourrez le constater en faisant des recherches sur internet, tout est fait pour décourager les candidats éventuels qui ne seraient pas déjà affiliés à des partis politiques, donc ne seraient pas des professionnels de la politique !

Dans WIKIPEDIA, on trouve les tableaux suivants :

Nombre de conseillers municipaux[modifier]

Les conseillers municipaux sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de 6 ans, renouvelable. Le scrutin a lieu en suivant les Procédures électorales françaises. Le nombre de conseillers municipaux varie selon la taille de la commune2 :

Nombres de conseillers par tranche démographique
Nombre d'habitants < 100 < 500 < 1 500 < 2 500 < 3 500
Nombre de conseillers 9 11 15 19 23
Nombres de conseillers par tranche démographique
Habitants (en milliers) < 5 < 10 < 20 < 30 < 40 < 50 < 60 < 80 < 100 < 150 < 200 < 250 < 300 ≥ 300
Nombre de conseillers 23-27 29 33 35 39 43 45 49 53 55 59 61 65 69
Nombres de conseillers municipaux
Ville Lyon4 Marseille5 Paris6
Nombre de conseillers 73 101 163

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Normalement, compte tenu de la parité, ces chiffres devraient tous être pairs, mais je n'ai pas encore réussi à trouver les nouveaux tableaux sur les sites officiels. Toutes les informations sont donc les bienvenues, n'hésitez pas à les communiquer.

Une première recherche sur internet en utilisant pour mots clefs "code électoral" donne le lien suivant :

 
-------1ère étape :
  1. Code électoral | Legifrance
 
 
on aboutit au tableau suivant :
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  • Titre IV : Dispositions spéciales à l'élection des conseillers municipaux et des membres du Conseil de Paris
---------------

------2 ème étape :

en cliquant sur "déclaration de candidature" on arrive à :
 
 
--------------
Section 2 : Déclarations de candidatures
Nul ne peut être candidat dans plus d'une circonscription électorale, ni sur plus d'une liste.
 
 

Une déclaration de candidature est obligatoire pour chaque tour de scrutin. La liste est composée alternativement d'un candidat de chaque sexe.

 

Seules peuvent se présenter au second tour les listes ayant obtenu au premier tour un nombre de suffrages au moins égal à 10 % du total des suffrages exprimés. Ces listes peuvent être modifiées dans leur composition pour comprendre des candidats ayant figuré au premier tour sur d'autres listes sous réserve que celles-ci ne se présentent pas au second tour et qu'elles aient obtenu au premier tour au moins 5 % des suffrages exprimés. En cas de modification de la composition d'une liste, l'ordre de présentation des candidats peut également être modifié.

 

Les candidats ayant figuré sur une même liste au premier tour ne peuvent figurer au second tour que sur une liste. Le choix de la liste sur laquelle ils sont candidats au second tour est notifié à la préfecture ou à la sous-préfecture par la personne ayant eu la qualité de responsable de la liste constituée par ces candidats au premier tour.

 

La déclaration de candidature résulte du dépôt à la préfecture ou à la sous-préfecture d'une liste répondant aux conditions fixées aux articles L. 260L. 263, L. 264 et LO 265-1. Il en est délivré récépissé.

 

Elle est faite collectivement pour chaque liste par la personne ayant la qualité de responsable de liste. A cet effet, chaque candidat établit un mandat signé de lui, confiant au responsable de liste le soin de faire ou de faire faire, par une personne déléguée par lui, toutes déclarations et démarches utiles à l'enregistrement de la liste, pour le premier et le second tours. La liste déposée indique expressément :

 

1° le titre de la liste présentée ;

 

2° Les nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance, domicile et profession de chacun des candidats.

 

Le dépôt de la liste doit être assorti, pour le premier tour, de l'ensemble des mandats des candidats qui y figurent ainsi que des documents officiels qui justifient qu'ils satisfont aux conditions posées par les deux premiers alinéas de l'article L. 228.

 

Pour chaque tour de scrutin, cette déclaration comporte la signature de chaque candidat, sauf le droit pour tout candidat de compléter la déclaration collective non signée de lui par une déclaration individuelle faite dans le même délai et portant sa signature.

 

Toutefois, les signatures de chaque candidat ne sont pas exigées pour la déclaration de candidature des listes qui ne procèdent à aucune modification de leur composition au second tour.

 

Pour le premier tour de scrutin dans les communes de 9 000 habitants et plus, sont également jointes les pièces de nature à prouver que le candidat a procédé à la déclaration d'un mandataire conformément aux articles L. 52-5 et L. 52-6 ou, s'il n'a pas procédé à cette déclaration, les pièces prévues au premier alinéa de ces mêmes articles. 

 

Récépissé ne peut être délivré que si les conditions énumérées au présent article sont remplies et si les documents officiels visés au quatrième alinéa établissent que les candidats satisfont aux conditions d'éligibilité posées par les deux premiers alinéas de l'article L. 228.

 

En cas de refus de délivrance du récépissé, tout candidat de la liste intéressée dispose de vingt-quatre heures pour saisir le tribunal administratif qui statue, en premier et dernier ressort, dans les trois jours du dépôt de la requête.

 

Faute par le tribunal administratif d'avoir statué dans ce délai, le récépissé est délivré.

 

Chaque fois qu'une liste comporte la candidature d'un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne autre que la France, la nationalité de celui-ci est portée sur la liste en regard de l'indication de ses nom, prénoms, date et lieu de naissance.

 

En outre, est exigée de l'intéressé la production :

 

a) D'une déclaration certifiant qu'il n'est pas déchu du droit d'éligibilité dans l'Etat dont il a la nationalité ;

 

b) Des documents officiels qui justifient qu'il satisfait aux conditions d'éligibilité posées par l'article LO 228-1.

 

En cas de doute sur le contenu de la déclaration visée au a, est exigée, avant ou après le scrutin, la présentation d'une attestation des autorités compétentes de l'Etat dont l'intéressé a la nationalité, certifiant qu'il n'est pas déchu du droit d'éligibilité dans cet Etat ou qu'une telle déchéance n'est pas connue desdites autorités.

 

Est interdit l'enregistrement de la déclaration de candidature d'une liste sur laquelle figure un candidat inéligible en vertu des dispositions de l'article L. 203.

 
 

Les déclarations de candidatures doivent être déposées au plus tard :

 

- pour le premier tour, le troisième jeudi qui précède le jour du scrutin, à 18 heures ;

 

- pour le second tour, le mardi qui suit le premier tour, à 18 heures.

 

Aucun retrait volontaire ou remplacement de candidat n'est accepté après le dépôt de la liste.

 

Les retraits des listes complètes qui interviennent avant l'expiration des délais prévus à l'alinéa 1 du présent article pour le dépôt des déclarations de candidatures sont enregistrés; ils comportent la signature de la majorité des candidats de la liste.

 
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voir aussi :

http://vosdroits.service-public.fr/F1952.xhtml

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( à suivre ... peut-être )

22/06/2013

Des nouvelles de Guantanamo

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/133aa358-daa7-11e2-9745-2f56a0360624/Dans_le_huis_clos_de_Guantanamo

MONDE 
Dans le huis clos de Guantanamo 
Cette semaine, «Le Temps» était sur la base américaine de Guantanamo . Au centre de détention se tenait la cinquième session d’audiences de cinq terroristes présumés accusés d’avoir participé à l’organisation des attentats du 11 septembre

États-Unis Mercredi19 juin 2013 


Guantanamo: la valse des chiffres 

 

Par Stéphane Bussard 

 

Le procureur en chef de Guantanamo avait, dimanche, de la peine à articuler des chiffres clairs sur le nombre de détenus et sur leur statut. Même les journalistes les plus experts dans le domaine peinent à être plus précis ...


LeTemps.ch | Guantanamo_ la valse des chiffres.pdf


LeTemps.ch | Dans le huis clos de Guantanamo.pdf


21/06/2013

Racisme religieux dans l'État d'Israël

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/international/article/2013/06/20/le-mouvement-israelien-prix-a-payer-distille-sa-haine-des-minorites_3433298_3210.html

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Le mouvement israélien Prix à payer distille sa haine des minorités

LE MONDE | 20.06.2013 à 11h12

Jérusalem, correspondance. 

Devant la façade souillée de sa maison, dans le village arabe-israélien d'Abu Gosh, à l'ouest de Jérusalem, Ibrahim Hatem reste incrédule : "C'est incompréhensible. Je suis Israélien. J'aime ce pays. Dans la rue, mes voisins sont juifs." Mardi 18 juin, Ibrahim Hatem constatait, stupéfait, les derniers effets de l'épidémie de vandalisme, attribuée au mouvement du Prix àpayer et qui n'en finit pas de s'étendre. A Abu Gosh, une trentaine de voitures ont été vandalisées dans la nuit. Des tags à la peinture noire crachent la haine sur les murs : "Arabes dehors""Racisme ou assimilation".

Abu Gosh est, pourtant, la localité arabe la plus dévouée à Israël. Il est l'unique village palestinien à avoir choisi le camp israélien en 1948. "Si les auteurscomptent faire exploser le pays, ils ne pouvaient choisir meilleur endroit", s'inquiète Ibrahim Hatem.

L'attaque, contre ce symbole de la coexistence israélo-arabe, met le gouvernement israélien dans une position de plus en plus inconfortable. Le 16 juin, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a refusé de qualifier de "terroristes" les auteurs de ce vandalisme à caractère racial. Il a opposé un non catégorique au projet de la ministre de la justice, Tzipi Livni, de sanctionner les exactions comme des "actes de terreur".

PNEUS CREVÉS ET VOITURES INCENDIÉES

Depuis un mois, les attaques se multiplient en Israël et en Cisjordanie. Elles sont attribuées à des extrémistes juifs liés au mouvement des Jeunes des collines, la seconde génération de colons, partisans du Grand Israël (de la Méditerranée jusqu'au Jourdain). Le modus operandi se répète : pneus crevés, voitures incendiées, graffitis "Prix à payer", lesquels mentionnent souvent le nom d'Eviatar Borovsky, un colon d'Yitzhak poignardé par un Palestinien, le 30 avril, au sud de Naplouse en Cisjordanie.

Si les actes de vengeance entre Palestiniens et colons de Cisjordanie ne datent pas d'hier, l'expression "prix à payer" a fait son apparition en 2008. Le principe : répondre oeil pour oeil à toute action jugée hostile à la colonisation. Les attaques répondent à celles supposées commises par des Palestiniens, et aussi au démantèlement par l'armée israélienne d'avant-postes illégaux de colonisation.

Le concept a été religieusement théorisé, en 2009, dans l'ouvrage La Torah du Roi, écrit par des rabbins extrémistes, et qui tend à justifier, dans la loi juive, le meurtre de non-Juifs en temps de guerre. Coïncidence ? A la suite de la publication de ce livre incendiaire, le nombre des attaques à l'encontre des Palestiniens a fait un bond de 144 % entre 2009 et 2011.

En marge des agressions, c'est surtout la propagation du concept du Prix à payer, qui frappe : "Il dépasse aujourd'hui largement le cadre initial de la Cisjordanie et la question même de la colonisation. Il est devenu le mode d'expression de la haine antiminorités", explique Barak Weiss, coordinateur du collectif Tag Me'ir, qui lutte contre ce phénomène en pleine expansion, y compris à l'intérieur des frontières d'Israël. Selon lui, depuis septembre 2011, 25 attaques "labélisées" Prix à payerse sont produites à l'intérieur de la Ligne verte, en particulier dans les localités arabes-israéliennes.

Depuis le début de l'année 2012, elles visent de plus en plus les lieux de culte, y compris chrétiens. Le 31 mai 2013, les murs de l'abbaye bénédictine de la Dormition, construite sur le Mont Sion à Jérusalem, ont été recouverts de tags haineux "Les Chrétiens sont des singes". Le 13 juin, des sépultures ont été vandalisées dans le cimetière chrétien orthodoxe du quartier historique de Jaffa, à Tel-Aviv.

Une évolution qui inquiète les autorités chrétiennes : "Les actes antichrétiens ont toujours existé. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils s'inscrivent désormais dans une contestation politique. Il n'y a pourtant aucun rapport entre la colonisation en Cisjordanie et les églises", se désole le père David Neuhaus, vicaire patriarcal à Jérusalem.

ATTAQUES RÉFLÉCHIES ET PLANIFIÉES

On assiste, d'autre part, à un glissement dans les critères du passage à l'acte. Après les actions de vengeance impulsives des débuts, il s'agit aujourd'hui d'une vague d'attaques réfléchies et planifiées. "Aucun événement immédiat ne porte atteinte aux colonies de Cisjordanie", note Barak Weiss. Cette évolution n'a d'ailleurs pas échappé à Benyamin Nétanyahou. Le 2 juin, il dénonçait des "actes de hooliganisme contre les Palestiniens, sans aucune provocation ou justification".

Au-delà de ces protestations officielles, l'Etat israélien est loin d'avoir fait la preuve de son efficacité pour enrayer le phénomène. Dénoncée pour son immobilisme, lapolice israélienne tente de prouver sa bonne foi par des chiffres. En dix-huit mois, elle aurait ainsi ouvert 788 enquêtes, procédé à 276 arrestations débouchant sur 154 inculpations.

Des données qui laissent sceptiques les ONG israéliennes. Selon B'Tselem, les inculpations de ces dernières années se limiteraient, tout au plus, à une dizaine de cas. Et à ce jour, aucune d'entre elles n'a débouché sur un procès et une condamnation. – (Intérim.)

17/06/2013

Trois sites à visiter

Je lis ce matin (au risque de me faire espionner par la NSA) :

USA : Ce que nos présidents disent à nos jeunes

Mondialisation.ca, 12 juin 2013
 

William Blum

2) http://williamblum.org/

What Our Presidents Tell our Young People, 5 juin 2013

Traduction par VD pour le Grand Soir 

3)  Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/

16/06/2013

Le saviez vous ? Un camp de concentration israélien pour les immigrants africains illégaux

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/29/saharonim-le-stigmate-carceral-d-israel_3420169_3218.html

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Saharonim, le stigmate carcéral d'Israël - Le Monde

LE MONDE | 29.05.2013 à 11h47 • Mis à jour le 29.05.2013 à 14h31

Par Laurent Zecchini

L'Etat admet que la loi a un impact négatif sur la liberté des immigrants africains illégaux, mais il estime que c'est "pour la bonne cause". Qui plus est, cet amendement à la législation de 1954 sur la "prévention de l'infiltration" est conforme "aux valeurs de l'Etat d'Israël en tant qu'Etat juif et démocratique". En un mot, il est constitutionnel et "raisonnable". La "raison", c'est le fait que le pays ne pouvait plus supporter de devenir un "centre d'attraction" pour les milliers d'Africains, hommes, femmes et enfants, qui arrivaient chaque mois du Sinaï.

La parade, introduite en 2012 par cet amendement, a été de les entasser dans le centre de détention de Saharonim, situé à 3 kilomètres de la frontière égyptienne, près de Nitzana, dans la fournaise du Néguev. Pendant une "période illimitée", mais qui ne sera pas inférieure à... trois ans. Sans procès. A moins, bien sûr, qu'ils acceptent de retourner d'où ils viennent. Passé ce délai, leur mise en liberté pourra être "envisagée" par un juge. C'est une loi que les associations humanitaires considèrent comme scélérate, mais elle a sa logique : il s'agit, par ce traitement punitif, de dissuader d'autres candidats attirés par l'eldorado économique qu'incarne à leurs yeux l'Etat juif.

La loi israélienne est comme un monstre froid : elle ne veut pas entendre parler de "réfugiés", et elle ne saurait distinguer entre les Africains qui sont originaires de pays où ils risquent des persécutions, tels l'Erythrée et le Soudan, et les autres. Bien sûr, les quelque 2 400 prisonniers de Saharonim peuvent déposer une demande d'asile en Israël, mais il se trouve qu'aucune requête n'a été acceptée depuis que la prison a ouvert ses portes, en juillet 2007.

En conseillant, à la mi-mai, à la Cour suprême de rejeter le recours présenté par différentes organisations de défense des droits de l'homme contre cet amendement sulfureux, le ministère public a mis en avant la nécessité de sauvegarder la souveraineté de l'Etat juif. Pour ce faire, le gouvernement israélien emploie les grands moyens. Saharonim en est un exemple, non le seul : il ne reste que quelques kilomètres de travaux pour achever la barrière métallique de cinq mètres de haut, hérissée de barbelés, qui court sur les 240 kilomètres de la frontière avec l'Egypte.

PRÉLÈVEMENTS ADN

Et cela fonctionne : l'immigration illégale a presque totalement disparu. La conséquence, c'est que des milliers de migrants africains restent pris au piège du Sinaï, zone de non-droit où les tribus bédouines se livrent sur nombre d'entre eux, enfermés dans de véritables camps de torture, à des sévices et à des viols, parfois pendant des mois, pour obtenir une rançon. Deux cent cinquante de ces rescapés ont échoué à Saharonim. La mobilisation des associations humanitaires, qui dénoncent cet amalgame carcéral entre demandeurs d'asile et criminels, n'est pas vaine : le 6 mai, neuf Erythréennes et leurs dix enfants, âgés de 18 mois à 7 ans, ont été libérés, après avoir été détenus, pour certains, pendant un an.

C'est l'organisation de défense des droits de l'homme Hotline for Migrant Workers, dont Sigal Rozen est la voix courageuse, qui a mené ce combat victorieux face à la justice israélienne : celle-ci a fini par reconnaître que le fait d'être mineur peut constituer "une raison humanitaire spéciale" justifiant de quitter l'univers concentrationnaire de Saharonim, où restent enfermés une quinzaine d'enfants de moins de 10 ans et environ 150 femmes. On ne connaît pas le nombre des autres, les enfants et adolescents de 10 à 18 ans.

On pourrait croire qu'avec l'étanchéité nouvelle de la frontière égyptienne, Saharonim n'a plus de raison d'être. Erreur : parmi les 55 000 Africains illégaux qui vivent en Israël, plusieurs centaines ont été arrêtés ces dernières années, parce que considérés comme des "infiltrés qui mettent en danger la sécurité nationale". En avril, la Knesset a adopté en première lecture une loi qui leur interdit de transférer de l'argent à l'étranger, lequel est évidemment destiné à leurs familles.

En mai, on apprenait que la police israélienne avait rassemblé environ un millier de prélèvements ADN d'immigrés africains qui sont entrés illégalement en Israël depuis le début 2012. Rien de grave : juste d'autres déclinaisons de la politique de dissuasion vis-à-vis des migrants illégaux. Voilà pourquoi Saharonim, le stigmate carcéral d'Israël, n'est pas près de fermer ses portes.p

lzecchini@lemonde.fr

Palestine : nouvelle Initiative de Paix Arabe

lu sur :

http://www.liberation.fr/monde/2013/06/12/israel-doit-repondre-oui-a-l-initiative-de-paix-arabe_910374


Par DAVID CHEMLA secrétaire général de JCall Europe, GÉRARD UNGER Président de JCall France (Jewish Call for Reason)
Libération

La nouvelle Initiative de Paix Arabe, formulée récemment à Washington par tous les ministres des Affaires étrangères arabes (y compris palestinien) conduits par le Qatar, reprend les propositions de la Ligue Arabe de 2002 et de 2007 pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, mais elle va plus loin. Elle réaffirme bien la volonté des Etats arabes de signer des traités de paix avec Israël et d’établir avec ce pays des relations normales, en échange d’un retour aux lignes d’armistice de 1967 et d’un accord sur le problème des réfugiés (sans signifier un retour) ; mais elle envisage en outre maintenant un échange de territoires autour de ces lignes pour laisser à Israël les blocs de grandes colonies où résident environ 80 % des 530 000 «colons» israéliens, installés progressivement depuis quarante-cinq ans en Cisjordanie.

 
 

Cette proposition n’est pas en elle-même révolutionnaire : elle avait été évoquée en 1999-2000 entre Ehud Barak, alors Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, et largement envisagée en 2008 entre Ehud Olmert et Mahmoud Abbas. C’est cependant la première fois que les Etats arabes la reprennent à leur compte, sans doute à la demande du secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Ils manifestent ainsi leur volonté d’aller de l’avant dans un processus de paix actuellement au point mort.

Face à cette avancée, les réactions israéliennes ont été plus que mesurées. Le président Shimon Pérès se montre certes favorable, mais le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a fait part de ses «réserves», puis les autorités ont approuvé jeudi 9 mai la construction de 296 logements dans l’implantation de Beit El en Cisjordanie. La légalisation de quatre colonies sauvages a suivi. Quant à Naftali Bennett, dirigeant de la formation de droite «la Maison juive», membre de la majorité, il a demandé qu’un futur et éventuel accord de paix soit soumis à un référendum, ce qui constituerait une novation en Israël (où la représentation parlementaire se fait à la proportionnelle intégrale) et compliquerait encore une solution négociée au conflit.

Ces positions et ces actes sont regrettables, au moment où les Etats-Unis s’impliquent à nouveau dans la recherche d’une solution et annoncent un «Plan Marshall» de 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) en faveur des Palestiniens. Elles tendent à montrer que, plutôt que de rechercher une paix à des conditions raisonnables, Israël se satisfait au mieux de la situation actuelle de «ni guerre ni paix», au pire continue sa politique de faits accomplis sur le terrain. Or les «fenêtres» pour aboutir à un accord ne sont pas si fréquentes qu’il faille les négliger. Cette fois, Mahmoud Abbas n’évoque plus ses préconditions habituelles (arrêt de la colonisation avant toute négociation) et les Etats arabes, notamment les pétromonarchies, sont prêts à un compromis avec Israël car eux aussi considèrent la menace iranienne comme le danger numéro 1 dans la région. Quant à la Jordanie, l’afflux massif de réfugiés syriens l’amène à se rapprocher d’Israël.

Aujourd’hui, Israël est fort comme il l’a rarement été : sa situation économique est bonne, même si l’écart entre les classes sociales supérieures et les autres ne cesse de s’accroître ; sa sécurité face à ses voisins est assurée et le pays peut faire face au danger iranien ; sa position géostratégique s’est renforcée - grâce aux Etats-Unis, un accord avec la Turquie pour améliorer les relations, détériorées depuis l’épisode du Marmara, est en passe d’être trouvé tandis que tous les Etats de la péninsule arabique sont devenus ses alliés tacites - ; enfin la nouvelle majorité de la Knesset comporte en son sein des partis centristes qui devraient être plus ouverts, le cas échéant, à un compromis historique avec les Palestiniens ; et tout le monde sait en Israël que le gouvernement pourrait compter sur des voix de gauche pour soutenir un réel accord de paix.

Il faut saisir la chance offerte par l’Initiative de Paix Arabe. 43 députés israéliens (sur 120) ont signé une pétition demandant au Premier ministre d’y répondre officiellement. Une telle proposition, qui aurait rempli de joie David Ben Gourion à l’époque où il dirigeait l’Etat, est devenue un non-événement. Là se situe sans doute le pire ennemi de ceux qui recherchent une paix de compromis basée sur deux Etats : l’indifférence, le sentiment partagé par la majorité des populations, à la fois israélienne et palestinienne, de ne pas avoir de prise sur la réalité. Régulièrement questionnées par des sondages, ces deux populations confirment leurs préférences, à une majorité des deux tiers, pour la solution à deux Etats, mais répondent qu’elles ne croient pas cette solution envisageable en raison de l’absence de partenaire fiable pour la mettre en place. C’est pourquoi il faut prendre sérieusement en compte cette initiative.

C’est quand la situation sécuritaire est calme qu’il faut avancer politiquement. L’environnement régional est trop instable et dangereux pour laisser le conflit israélo-palestinien s’enliser une fois de plus. En diaspora, les trois organisations qui se sont créées ces dernières années, se revendiquant à la fois comme «pro-israéliennes» et «pour la paix» (Jstreet aux Etats-Unis, Yachad en Grande-Bretagne et JCall en Europe occidentale), ont lancé pour la première fois un appel commun pour soutenir la démarche de ces 43 députés et appellent le gouvernement israélien à donner une réponse positive à l’Initiative de Paix Arabe. La communauté internationale, et notamment les Etats membres de l’Union européenne, doit à son tour se mobiliser pour que cette initiative ne devienne pas un nouveau rendez-vous manqué comme il y en a déjà trop eu dans le passé au Proche-Orient. Elle doit aider le gouvernement israélien à prendre conscience de l’opportunité apparue et qui ne se représentera peut-être plus à l’avenir dans un contexte aussi favorable. Abba Eban, ex-ministre des Affaires étrangères d’Israël dans les années 60-70, avait coutume de dire que «les Palestiniens ne manquent jamais une occasion de manquer une occasion». Il ne faut pas qu’Israël, à son tour, commette la même erreur.

(1) Gérard Unger est également cogérant de Libération Médias, régie publicitaire du journal.

13/06/2013

L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !

Lu sur le Canard Enchaîné de cette semaine :

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à propos d'Europe à 27, voir aussi : 

Politique européenne ? Rien à espérer d'une Europe "à 27" ...

 et aussi :

Faillite et financement par le contribuable

L'Europe finance les délocalisations avec l'argent des contribuables 

Euroscepticisme _ avis de tempête sur l'UE.pdf

Sortir de "l'Europe à 27" ?

Sortir de l'Euro : point de...

Les OGM approuvés par l’UE...

Pourquoi faut-il que les États payent 600 fois plus...

Les retraites en Europe

et encore, acheter "Manière de voir" n°129 (juin/juillet 2013), 8,50€ chez votre marchand de journeaux habituel :

Europe, droit d'inventaire - Le Monde diplomatique

« Manière de voir » n° 129 — Juin - juillet 2013

La construction européenne, telle que nous la connaissons, n’a-t-elle aucun sens ? Dire cela serait exagéré après soixante ans de travail partagé. En revanche, elle relève plus à certains égards du registre de la croyance que de la raison. N’est-ce pas la « foi » qui, en définitive, justifie un autoritarisme de plus en plus ouvert, tournant le dos aux valeurs démocratiques que l’Union est supposée défendre ?

12/06/2013

Les USA, la France, la lutte contre l'impunité politique

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/03/amerique-centrale-la-difficile-lutte-contre-l-impunite_3423165_3232.html

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Amérique centrale, la difficile lutte contre l'impunité - Le Monde

LE MONDE | 03.06.2013 à 17h56

Par Jean-Michel Caroit

Rios Montt au Guatemala, Duvalier en Haïti : les procès, historiques, des deux anciens dictateurs poursuivis pour génocide et crimes contre l'humanité illustrent les difficultés de la lutte contre l'impunité en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Les violations massives des droits humains durant la guerre froide sont restées sans suites pendant plusieurs décennies avec la complicité des Etats-Unis.

Washington a longtemps été guidé par le souci d'endiguer la contagion castriste dans son arrière-cour. L'impunité reste totale à ce jour en République dominicaine, où plus de 40 000 militaires nord-américains ont débarqué en 1965 pour empêcher le retour au pouvoir de Juan Bosch, un président de centre gauche qui avait été renversé par un coup d'Etat militaire. Les crimes de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo, assassiné en 1961, et de son successeur et disciple Joaquin Balaguer n'ont donné lieu à aucune poursuite.

Au Guatemala et en Haïti, la ténacité des survivants et des familles de victimes, soutenus par les organisations de défense des droits humains, a finalement contraint les anciens dictateurs à comparaître devant les tribunaux. Le 10 mai, le général Efrain Rios Montt a été condamné à quatre-vingts ans de prison pour génocide et crimes de guerre, à l'issue d'un procès au cours duquel une centaine de témoins et de victimes ont rappelé l'horreur des massacres et de la stratégie de la terre brûlée qui ont décimé la population maya.

Au pouvoir de mars 1982 à août 1983, le général Rios Montt est responsable du massacre de 1771 Mayas de l'ethnie ixile dans le département du Quiché, au plus fort de la guerre civile, qui a fait plus de 200 000 morts entre 1960 et 1996. Pour la première fois dans le monde, un ancien chef d'Etat a été condamné pour génocide par un tribunal de son pays. Cette victoire historique contre l'impunité, saluée par les défenseurs des droits de l'homme, a été remise en question par la Cour constitutionnelle, qui a annulé sa condamnation le 20 mai.

Dès le début du procès, les avocats du général Rios Montt ont multiplié les incidents et les manoeuvres dilatoires. Le patronat, les anciens officiers et plusieurs médias influents ont organisé la contre-offensive, niant qu'un génocide ait eu lieu au Guatemala lors du "conflit armé" entre les militaires et la guérilla communiste. Le président du Guatemala, le général Otto Pérez Molina, a défendu la même position.

Commandant une garnison dans la province du Quiché pendant la guerre civile, il a été accusé de violations des droits de l'homme par un témoin, un ancien militaire, lors du procès. La comparution d'un autre témoin, le journaliste américain Allan Nairn, a été annulée au dernier moment. Selon ce reporter, qui a couvert le conflit guatémaltèque dans les années 1980, la responsabilité de Rios Montt dans les massacres d'Indiens Mayas n'est pas la seule engagée.

Politique de terre brûlée

Allan Nairn ne cachait pas qu'il allait mettre en cause le président Pérez Molina et le soutien des diplomates américains et de la CIA à la politique de terre brûlée du général Rios Montt. Engagé dans une guerre secrète contre le Nicaragua sandiniste, le président Ronald Reagan appuyait le général Rios Montt, qu'il considérait comme "un homme d'une grande intégrité, totalement dévoué à la démocratie" ! Loin de dénoncer les massacres commis par l'armée guatémaltèque, Elliot Abrams, le responsable des droits de l'homme au département d'Etat, vantait le bilan de Rios Montt.

En Haïti, les avocats de l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier ont souligné les ambiguïtés de la communauté internationale. Pourquoi "Bébé Doc" n'a-t-il pas été poursuivi en France pour les crimes contre l'humanité qui lui sont reprochés ? De sa fuite en février 1986 à son retour en Haïti, en janvier 2011, il a vécu vingt-cinq ans en exil en France, sans être inquiété. Face aux témoignages des victimes qui ont décrit les tortures, les assassinats et les disparitions, les défenseurs de l'ancien dictateur ont ressorti les rapports du département d'Etat américain faisant état de "progrès" à la fin des années 1970.

Aux côtés d'Amnesty International et de Human Rights Watch, la haut-commissaire des Nations unies pour les droits humains, Navi Pillay, a insisté pour que Jean-Claude Duvalier soit jugé pour crimes contre l'humanité et non pas seulement pour corruption et détournement de fonds, comme l'avait décidé un juge d'instruction. Au même moment, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, déclarait irrecevables les plaintes déposées contre l'organisation pour l'introduction du choléra en Haïti. Deux poids, deux mesures en matière d'impunité, entendait-on en Haïti, où l'épidémie a fait plus de 8 100 morts depuis 2010. Selon plusieurs études scientifiques, le choléra a été introduit en Haïti par des casques bleus népalais.

Le courage des victimes pour mettre fin à l'impunité se heurte au manque de volonté politique du président haïtien Michel Martelly, prêt à passer l'éponge au nom de la "réconciliation nationale". Au Guatemala comme en Haïti, les plaignants ne veulent pas de dédommagement. Juste dire ce qui a été "afin que ça ne se reproduise plus".

caroit@lemonde.fr

10/06/2013

Après Wikileaks, voici Big Brother

(Big Brother is watching You ...)

lu sur :

http://www.liberation.fr/monde/2013/06/10/surveillance-d-internet-la-source-des-fuites-sort-de-l-ombre_909539?xtor=EPR-450206

Réfugié à Hong-Kong, Edward Snowden, 29 ans, révèle dans un entretien au «Guardian» être à l'origine des fuites sur le programme américain de surveillance des communications.

Par AFP
Libération

Un employé d’un sous-traitant de l’Agence de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, a révélé dimanche depuis Hong Hong où il s’est réfugié être à l’origine des fuites sur le programme américain de surveillance des communications, ce qui lui a valu la réclamation de son extradition vers les Etats-Unis par un président de commission du Sénat.

 
 

«Je n’ai aucune intention de me cacher parce que je sais que je n’ai rien fait de mal», a déclaré le spécialiste informatique de 29 ans dans un entretien publié par le quotidien britannique The Guardian, à l’origine avec le Washington Post des révélations sur ce programme de renseignement américain.

A lire aussi  Espionnage : Les Etats-Unis prennent des libertés en ligne

Alors que les autorités américaines ont annoncé avoir lancé une enquête pour découvrir qui était à l’origine de ces fuites, l’ancien employé de la CIA, réfugié depuis le 20 mai à Hong Kong, reconnaît: «Je ne pense pas pouvoir revenir chez moi».

Pete King, président de la commission du contre-terrorisme et du renseignement de la Chambre des représentants, a appelé dimanche dans un communiqué à l’extradition de Edward Snowden vers les Etats-Unis, estimant qu’il devait être poursuivi «avec la plus grande force du droit». Le quotidien britannique publie également sur son site un entretien vidéo auquel Edward Snowden a pris part à visage découvert.

Ex-technicien à la CIA, Snowden travaillait depuis quatre ans à la NSA -dont il a révélé des documents confidentiels- en tant qu’employé de divers sous-traitants, dont Dell ou Booz Allen Hamilton, son dernier employeur. «Mon unique objectif est d’informer les gens de ce qui est fait en leur nom et de ce qui est fait contre eux», assure-t-il au Guardian.

La révélation de son identité est survenue peu de temps après la diffusion d’extraits d’un entretien accordé à ABC News par le directeur du renseignement américain, James Clapper. Dénonçant à nouveau les «ravages» causés par les révélations du Guardian et du Washington Post, James Clapper avait annoncé qu’une enquête avait été ouverte pour découvrir l’origine de ces fuites.

La semaine dernière, le Washington Post et le quotidien britannique The Guardian ont fait la lumière successivement sur deux programmes secrets de l’Agence nationale de sécurité (NSA). L’un concerne la récolte depuis 2006 des données d’appels téléphoniques aux Etats-Unis par l’opérateur Verizon, et vraisemblablement d’autres opérateurs.

L’autre programme, appelé PRISM, vise à intercepter les communications d’internautes étrangers, se situant hors des Etats-Unis, sur neuf grands réseaux sociaux comme Facebook.

«Aucune idée de ce que sera mon avenir»

«J’espère que nous serons à même de retrouver qui a fait cela, parce que cela cause de grands dommages à la sécurité de notre pays», avait déclaré M. Clapper sur ABC News.

Samedi, il avait déclassifié un certain nombre d’éléments sur ces programmes de surveillance des communications, défendant déjà vigoureusement leur légalité et leur utilité dans la lutte antiterroriste et dénonçant les «révélations irresponsables» parues dans la presse.

Interrogé dimanche matin sur ABC, le journaliste du Guardian Glenn Greenwald avait quant à lui dénoncé une volonté d'«intimider les journalistes et leurs sources». «Chaque fois (...) que quelqu’un dévoile les méfaits du gouvernement, la tactique consiste à le diaboliser et le présenter comme un traître», a ajouté le journaliste.

«Je n’ai aucune idée de ce que sera mon avenir», déclare de son côté Edward Snowden au Guardian, disant espérer que Hong Kong ne l’extrade pas vers les Etats-Unis et envisager de demander l’asile à l’Islande, réputée pour soutenir «ceux qui défendent la liberté sur internet».

Très sévère dans sa lutte contre les fuites d’informations confidentielles, l’administration Obama avait dû se défendre à la mi-mai après la révélation de la saisie sans précédent de relevés téléphoniques de l’agence de presse américaine AP, qui avait suscité l’ire des défenseurs de la liberté de la presse.

Elle s’était auparavant déjà montrée très agressive dans sa traque des fuites. Lundi s’est ouvert le procès en cour martiale du soldat Bradley Manning, qui encourt la réclusion à perpétuité pour avoir fourni des dizaines de milliers de documents secrets au site WikiLeaks.

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sur le même sujet :

Sécurité et vie privée _ Barack Obama prône le compromis.pdf

extrait : ..."Barack Obama avait promis de déclassifier les avis secrets de cette cour clandestine. Il ne l'a pas fait", critique l'ACLU, l'association de défensedes libertés civiles. "...

Ecoutes américaines _ l'Europe, entre inquiétude et agacement.pdf

extrait : ..." En janvier, un expert révélait, lors d'un colloque organisé à Bruxelles, qu'une disposition de la législation américaine sur le renseignement étranger autorisait les services de sécurité nationaux à se procurerdes données européennes stockées dans le cloud ("nuage") géré par des entreprisestelles que Microsoft, Amazonou Google. Le cloud computing permet de stockerdes informations dans un parc de machines géré par un fournisseur. L'emplacement et le fonctionnement dans le "nuage" ne sont pas connus des clients. "... 

09/06/2013

Au secours !

lu sur le Canard Enchaîné de cette semaine :

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01/06/2013

Manifestations anti-austérité en Europe

lu sur :

http://www.lepoint.fr/monde/un-millier-de-manifestants-a-francfort-contre-l-austerite-01-06-2013-1675285_24.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20130601

AFP 1/6/2013

Un millier de manifestants à Francfort contre l'austérité

Environ un millier de personnes s'est rassemblé samedi à Francfort pour dénoncer les politiques d'austérité en Europe à l'appel du collectif anticapitaliste Blockupy, a constaté un journaliste de l'AFP.

D'autres manifestations anti-austérité sont également prévues dans le sud de l'Europe.

La manifestation francfortoise, lancée dans le centre de la ville, doit rejoindre les abords de la Banque centrale européenne (BCE) où un rassemblement est prévu aux alentours de 16h30 alors que le 1er juin marque le 15e anniversaire de la fondation de l'institution.

Syndicats et organisations de gauche (Verdi, IG Metall, le parti Die Linke, Attac, etc.) participaient à l'initiative qui fait suite à une autre manifestation organisée la veille et qui avait réuni près de 2.000 personnes contre l'austérité et la spéculation agricole.

"Nous voulons clairement dire que la politique de la banque centrale européenne et de la troïka, soumises à l'influence capitale du gouvernement fédéral, n'est pas la solution", a affirmé à l'AFP Roland Süss, porte-parole de Blockupy.

A Lisbonne, les manifestants ont prévu de s'arrêter notamment devant la représentation du FMI dans le centre de la capitale afin de protester contre l'austérité imposée par les créanciers internationaux du pays.

"Cette fois-ci, ce ne sera pas seulement le Portugal à battre le pavé, mais tous les peuples de l'Europe vont manifester contre la recette de l'austérité", souligne un communiqué du mouvement apolitique "Que se lixe a troïka" (Que la troïka aille se faire voir), principal promoteur de cette initiative.

Plusieurs collectifs de citoyens ont décidé de se joindre à cette journée d'action, parmi lesquelles l'association de citoyens portugais indignés "15 octobre", qui avait déjà organisé plusieurs actions de lutte contre la rigueur.

A l'instar de Lisbonne, 17 autres villes portugaises vont participer à cette initiative.

Partis de gauche et anticapitalistes ont aussi appelé à manifester en début de soirée (16h30 GMT) à Madrid, à partir de la Plaza de Neptuno, près du Parlement, lieu de nombreux rassemblements de protestation importants ces derniers mois.

Derrière des mots d'ordre visant là encore la troïka et les politiques d'austérité, les manifestants doivent défiler dans la ville, empruntant une large artère qui passe devant la bourse, la banque centrale d'Espagne et les bureaux de la commission européenne.

31/05/2013

L'Europe finance les délocalisations avec l'argent des contribuables européens

Le saviez-vous ?

À lire dans le Canard Enchaîné de cette semaine :

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sur l'Union Européenne, lire aussi :

Euroscepticisme _ avis de tempête sur l'UE.pdf








27/05/2013

Armes chimiques en Syrie : qui veut vraiment savoir ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/international/article/2013/05/27/armes-chimiques-en-syrie-le-debat-escamote_3417923_3210.html

Armes chimiques en Syrie : le débat escamoté - Le Monde

Armes chimiques en Syrie _ le débat escamoté.pdf


25/05/2013

La Palestine, la Bible, les USA roulés dans la farine

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/25/en-israel-john-kerry-echoue-a-obtenir-des-concessions-sur-la-colonisation_3417378_3218.html

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En Israël, John Kerry échoue à obtenir des concessions sur la colonisation

LE MONDE | 25.05.2013 à 10h10 • Mis à jour le 25.05.2013 à 10h10

Par Laurent Zecchini

Givat Assaf (Cisjordanie), envoyé spécial.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, est passé à quelques dizaines de mètres de l'entrée en se rendant, jeudi 23 mai, à Ramallah, pour rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Il faut espérer que sa voiture a ralenti et que l'un des diplomates l'accompagnant lui a désigné la grille de l'"avant-poste" (colonie sauvage) de Givat Assaf, parce que c'est précisément cette implantation, avec celles de Mitzpeh Lachish, Maaleh Rehavam et Givat Haroeh, qui a déclenché ce qu'en langage diplomatique on qualifie de "protestation" auprès du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Le gouvernement israélien a annoncé son intention de légaliser ces quatre colonies le 14 mai. Très vite, le département d'Etat a fait savoir qu'une telle décision nuisait aux efforts de M. Kerry pour tenter de réamorcer des négociations israélo-palestiniennes, et qu'elle était "contraire aux engagements et obligations d'Israël".

L'irritation de Washington est compréhensible : lors de la visite du président Barack Obama, fin mars, les deux parties s'étaient engagées à faire preuve de retenue. En clair : pas de relance de la colonisation pour les Israéliens, et pas d'initiative de M. Abbas pour demander l'adhésion de la Palestine aux agences des Nations unies.

La légalisation de Givat Assaf n'est pas la seule manifestation de la "retenue" israélienne : une semaine avant, le ministre de la défense, Mosché Yaalon, avait approuvé la construction de 296 logements dans la colonie de Beit El. Pour se rendre à Ramallah, le convoi de John Kerry a emprunté la route 60, qui remonte vers le nord de la Cisjordanie, avant de tourner à gauche, vers Ramallah. C'est à cette intersection qu'est située la colonie de Givat Assaf, à flanc de coteau rocailleux.

"JOUR DE JOIE"

Le secrétaire d'Etat ne s'étant pas arrêté, il n'a pas rencontré Benny Gal, le porte-parole de cette communauté juive de 25 familles qui vivent chacune dans un baraquement rustique. Le 14 mai a été "un jour de joie, non seulement pour Givat Assaf, mais pour tous les Israéliens", témoigne Benny Gal, 32 ans, qui affiche un large sourire et des certitudes bien ancrées : "Nous sommes là parce que cette région historique est directement connectée à la Bible ; c'est un endroit qui a été habité par les juifs depuis des milliers d'années."

Givat Assaf a été établie en mai 2001, en mémoire d'Assaf Hershkovitz, colon de la colonie voisine d'Ofra, tué au début de la seconde Intifada. De 2004 à 2011, les gouvernements israéliens successifs ont ordonné le démantèlement des colonies sauvages, dont Givat Assaf, tout en accordant des délais à répétition pour la destruction des structures existantes. Les Palestiniens assurent que l'implantation a été établie sur des terres appartenant aux habitants des villages voisins de Beitin et Bourqa, ce que le gouvernement israélien a partiellement reconnu. Jusqu'à cette décision du 14 mai.

Benny Gal est affirmatif : "Pendant douze ans, aucun Palestinien n'a revendiqué la propriété de cette terre, impropre à la culture. Des photos aériennes le prouvent : personne n'habitait là. " Givat Assaf, qui est protégée par un poste militaire installé sur le haut de la colline, dispose d'une yeshiva (école talmudique) et d'un jardin d'enfants. Benny Gal espère qu'avec sa légalisation, la colonie va pouvoir bénéficier d'infrastructures et des services sociaux dispensés à toutes les localités israéliennes.

LIGNES ROUGES

Au-delà, il ne voit pas bien la justification des négociations avec les Palestiniens : "A quoi bon ? Tout leur système éducatif refuse à Israël le droit d'exister : ils veulent un Etat qui s'étendrait du Jourdain à la Méditerranée." Le problème de John Kerry est le suivant : le langage de Benny Gal n'est pas très différent de celui utilisé par la plupart des ministres de M. Nétanyahou, en particulier des deux poids lourds du gouvernement que sont Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid ("Il y a un avenir"), et Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux Habayit Hayehoudi ("La Maison juive").

M. Nétanyahou peut donc arguer qu'il ne dispose pas d'une majorité lui permettant d'imposer un gel de la colonisation, la libération des prisonniers palestiniens, et une référence aux frontières de 1967comme base de négociations, toutes conditions réclamées par Mahmoud Abbas pour reprendre des pourparlers. En quittant Jérusalem, vendredi 24 mai, à l'issue de plusieurs entretiens avec MM. Nétanyahou et Abbas, John Kerry a exhorté ses interlocuteurs à "prendre des décisions difficiles", parce que "le statu quo n'est pas tenable à long terme".

C'était une manière de reconnaître que sa quatrième navette israélo-palestinienne en deux mois n'a pas été plus féconde que les précédentes pour inciter Israéliens et Palestiniens à franchir leurs lignes rouges respectives. Le secrétaire d'Etat américain présentera-t-il, au cours de la première quinzaine de juin, comme l'intention lui en a été prêtée, une initiative politico-économique pour sortir de l'impasse ? A Jérusalem, comme à Ramallah, l'optimisme est retombé. "Je connais suffisamment cette région pour savoir qu'il y a du scepticisme, et dans certains cas du cynisme...", a reconnu John Kerry.

24/05/2013

Pour un revenu de base distribué à tous sans condition

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7d664af4-c3df-11e2-9d9b-e1235b6f0489|0

état social Vendredi24 mai 2013

«Il faut remplacer le filet social par un socle de créativité»


Le philosophe et sociologue belge Philippe Van Parijs plaide pour un revenu de base distribué à tous sans condition. Interview

La proposition peut paraître farfelue, mais cela fait longtemps qu’elle traîne autour du débat politique et elle trouve des supporters aussi bien à droite qu’à gauche. Les Suisses devront se prononcer à son sujet: lancée en avril 2012, l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel» a déjà recueilli plus de 100 000 signatures. Elle propose de distribuer à tous, riches ou pauvres, une allocation régulière couvrant les besoins de base, que les initiants estiment à 2500 francs mensuels. Le sociologue et philosophe belge Philippe Van Parijs, qui s’est fait le héraut de cette idée depuis les années 80, est venu en débattre à Genève. Il répond aux questions du Temps.

Le Temps: L’Etat social est sous la pression des marchés; les pays de la zone euro sont sommés les uns après les autres de rogner dans leurs prestations et vous proposez d’instaurer un revenu minimum distribué à tous sans condition. N’est-ce pas un peu paradoxal?

Philippe Van Parijs: Pas du tout. Il ne s’agit pas d’instaurer une forme paroxystique d’Etat social mais de substituer au filet social passif, dans lequel tant de bénéficiaires sont empêtrés, un socle commun sur lequel tous peuvent construire de l’intégration et de la compétitivité. De nombreux Etats connaissent déjà un revenu minimum garanti à tous ceux qui ne parviennent pas à l’acquérir par leurs propres moyens: invalides, chômeurs, personnes âgées, etc. Les mêmes Etats font très souvent bénéficier leurs contribuables d’exonérations d’impôt qui sont une autre forme de gratification financière. Le revenu minimum inconditionnel n’est pas destiné à s’ajouter à toutes ces prestations, mais à s’y substituer. Suivant son montant, il peut les remplacer toutes ou n’en remplacer qu’une partie. Mais dans tous les cas, on tient là une part importante de son financement. Reste une quantité relativement modeste de nouveaux bénéficiaires: ceux qui actuellement ne touchent pas ou que peu de prestations parce qu’ils – ou surtout elles, car il s’agit avant tout de femmes – assument des tâches non rémunérées et pourtant vitales comme la prise en charge d’enfants ou de personnes âgées. Les nouveaux moyens à dégager seraient donc relativement limités, car le revenu inconditionnel remplacerait en bonne partie l’Etat social existant. Et il le ferait de manière plus dynamique puisque ses bénéficiaires pourraient en user de façon inventive, pour se former, pour se lancer dans une activité indépendante, pour prendre un emploi à temps partiel adapté, par exemple, à leur handicap, sans craindre les trappes d’inactivité que comportent quasiment tous les systèmes sociaux.

– Vous défendez cette solution au nom de la justice. Mais pour beaucoup, payer quelqu’un à ne rien faire en prélevant sur le revenu généré par quelqu’un qui travaille, c’est tout sauf juste…

– Il y a deux réponses à cette objection. La première concerne justement ces personnes qui assurent aujourd’hui des tâches importantes sans être rémunérées. Il serait juste de leur donner, avec une rétribution forfaitaire de leur utilité sociale, les moyens d’un peu plus d’autonomie financière. Mais plus généralement, et c’est la deuxième réponse, il faut dissiper une illusion: le revenu produit par un travailleur n’est dû qu’en très petite partie à son effort personnel. Ce travailleur bénéficie, suivant les cas, de conditions naturelles favorables, du travail inventif de ceux qui ont mis ses outils au point, les améliorent, de ceux qui ont pensé une meilleure manière d’organiser son travail, etc. On peut considérer le revenu inconditionnel comme une manière équitable de redistribuer une petite part du revenu de notre travail qui est généré par la nature, par l’organisation sociale, par les efforts des générations précédentes, etc. Il est juste dans le sens où la justice consiste à donner à chacun les mêmes chances et la même liberté de faire ce qu’il entend de sa vie.

– On pourrait dire en somme que le revenu inconditionnel est un moyen libéral d’approcher le rêve communiste: de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins…

– D’une certaine manière. Il s’agit en effet d’utiliser le dynamisme du capitalisme pour assurer l’émancipation de chacun. Les économies communistes, dont on connaît l’échec, s’efforçaient d’assurer à tous un travail dans des entreprises d’Etat non soumises à la concurrence. Le projet de revenu inconditionnel est tout différent puisqu’il s’inscrit résolument dans le libre marché. Les entreprises y resteraient soumises, elles devraient donc se moderniser sans cesse, affronter la précarité, y compris celle des emplois. Qui serait moins douloureuse pour les travailleurs, puisqu’ils seraient assurés d’un revenu leur permettant le cas échéant de subsister – et de rebondir. Ce revenu leur permettrait aussi de mieux négocier avec les employeurs, ce qui contraindrait ces derniers à faire preuve d’inventivité pour rendre le travail plus attrayant, plus autonome par exemple. 

– Est-ce que cette analyse ne repose pas sur une vision très utopique de la nature humaine?

– Détrompez-vous. Je crois fermement à la nécessité des utopies mais je réfléchis sur la base de ce que les gens sont aujourd’hui. Et aujour d’hui, ils sont motivés par des tas de choses en plus du montant de leur fiche de paie: le prestige, la reconnaissance… On sait ainsi qu’à partir d’un certain revenu couvrant les besoins de base, l’important n’est pas tant le niveau de salaire qu’on peut obtenir que le fait de gagner un peu plus que son voisin… Ces motivations symboliques ne disparaîtront pas. Et le désir d’améliorer sa situation non plus: le revenu inconditionnel proposé en Suisse est de 2500 francs. On peut imaginer que très peu de gens vont s’en contenter. En revanche, ils vont gagner en liberté sur le moyen d’assurer un supplément: ils pourront moduler leurs périodes d’activité en fonction, par exemple, de leurs besoins en formation, de leur désir d’élever une famille, et ce aussi longtemps qu’ils le souhaiteront. Ces rapports plus fluides entre vie de famille, formation et travail ne peuvent que dynamiser l’économie.

– Les Suisses sont connus pour leur attachement à la valeur travail: lorsqu’on leur propose de diminuer leurs horaires, ils refusent… Ne craignez-vous pas de voir tester l’idée du revenu inconditionnel dans un tel contexte?

– J’admire les institutions suisses qui permettent d’ouvrir un tel débat. Et je pense qu’il est en lui-même profitable: qu’on soit pour ou contre, il va falloir entrer en matière. Se demander comment ça pourrait marcher. Réfléchir aux conséquences, affronter les arguments de la partie adverse. Tout ça fait mûrir une idée qui d’ailleurs mûrit aussi ailleurs. En Belgique, tant le Parti socialiste que les Verts, les chrétiens-démocrates et les libéraux ont entrepris une réflexion à son sujet. Le débat est également actif en Allemagne. Et la crise offre un contexte favorable.

– Imaginons que les Suisses disent oui. Vous pensez que c’est une expérience qu’on peut faire dans un seul pays?

– Il est évident que ce serait difficile. Mais c’est une difficulté que rencontrent tous les systèmes sociaux. L’absence d’un système social unique est un des facteurs déterminants de la crise de l’Union européenne. Le revenu inconditionnel pourrait fournir l’occasion de cette unification.

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voir aussi  :

Pour un revenu de base (suite) 29/4/2013

La Suisse, un exemple à suivre 4/3/2013

Pour un revenu de base  11/4/2012

23/05/2013

Le procès Eternit dans l'affaire de l'amiante

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lepoint.fr/societe/amiante-enfin-l-espoir-d-un-proces-23-05-2013-1671329_23.php

Amiante, enfin l'espoir d'un procès

Publié le 23 mai 2013 à 09h25

 Par et Elsa Mari

Il y aura donc bien un procès Eternit dans l'affaire de l'amiante. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a en effet confirmé, ce matin, les mises en examen de la société en tant que personne morale, de son patriarche Joseph Cuvelier, héritier de la dynastie de l'amiante-ciment et de trois de ses anciens responsables. C'est surtout un camouflet pour l'autre chambre de l'instruction, présidée par la juge Martine Bernard, qui les avait annulées le 16 décembre 2011 et dont l'arrêt avait été cassé six mois plus tard, la Cour de cassation les renvoyant alors devant une chambre nouvellement composée. Cette décision de la cour d'appel démontre combien les autres annulations décidées par la précédente chambre ne sont que temporaires, notamment celle, la semaine dernière, des neuf mises en examen dans le dossier de l'usine de Condé-sur-Noireau (Calvados) dont Martine Aubry.

 
 

Avec Eternit, on est au coeur de la longue saga de l'amiante. La société, fondée en 1922, exploite l'invention d'un ingénieur autrichien, Ludwig Hatschek, et les formidables qualités de cette fibre minérale. Il s'agit de la mélanger avec du ciment pour créer de multiples produits de construction (tuiles, tuyaux, bardages). Dans le mot Eternit, il y a bien sûr éternité et la promesse de produits qui dureront toute une vie. Celle des ouvriers de cette industrie rapidement florissante est, elle, tragiquement écourtée tant ils sont exposés aux fibres minuscules qui pénètrent leurs poumons et leur enveloppe, la plèvre. À partir des années 1970, au fur et à mesure des révélations scientifiques sur ses aspects cancérogènes, l'amiante n'a plus bonne presse et Eternit, rejoint par l'autre grand du secteur, Saint-Gobain, sera l'un des principaux bailleurs de fonds des différents lobbys, dont le fameux Comité permanent amiante (CPA). Celui-ci est chargé d'oeuvrer afin de retarder toute réglementation, notamment européenne, susceptible d'aboutir à un bannissement du "magic mineral".

Des ouvriers protégés "de manière très précaire pendant des décennies "

"Je suis sincèrement désolé pour les victimes atteintes et décédées de maladie", avait déclaré Joseph Cuvelier, alors âgé de 73 ans, à la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, lors de sa mise en examen pour homicide involontaire en novembre 2009 concernant la période allant de 1971 à 1994. Mais les gendarmes chargés de l'enquête, au terme des nombreuses auditions d'anciens travailleurs de l'usine la plus touchée, celle de Thiant (Nord), constateront combien la protection des ouvriers "s'est faite de manière très précaire pendant des décennies". En 1995, quand le scandale éclate, l'usine détient le record de France des maladies professionnelles indemnisées (278 cas) et les inspecteurs du ministère du Travail qui se rendent alors sur place notent : "Les installations sont poussiéreuses, les dispositifs de protection sont incomplets, souvent mal conçus, généralement mal entretenus. (...) L'entreprise ne recherche pas vraiment l'exposition minimum du personnel aux poussières d'amiante."

Le combat de Joseph Cuvelier est ailleurs. Il l'expose ainsi dans un discours martial révélé par l'instruction et prononcé peu de temps avant que le scandale ne soit révélé. "La vigueur du combat que nous poursuivons en ce moment même contre les tentatives de bannissement de l'amiante dans le marché commun (il s'agit de l'Europe, NDLR) est exemplaire. (...) Il ne s'agit pas de préserver le marché, mais l'avenir industriel de tous. Il s'agit de se battre, de se battre... sans concession." Il y souligne également ce que tous les responsables politiques mis en cause veulent oublier aujourd'hui : "Le gouvernement français, quelle que soit sa tendance politique, a toujours soutenu nos initiatives, notre dossier industriel, y compris dans le cadre des négociations internationales dures et difficiles." Ce sera une réussite puisqu'en 1995 la France est devenue la patrie du "magic mineral" : elle en est le premier importateur en Europe et le troisième au monde. On apprend, un an plus tard, par une étude de l'Inserm que 100 000 Français mourront d'ici à 2025 pour avoir été exposés dans les usines, mais surtout à l'extérieur, principalement dans les métiers du bâtiment et dans des dizaines d'autres professions. Le 1er janvier 1997, l'amiante est interdit en France. 

17/05/2013

Le pouvoir d'achat des ménages (suite) : le fisc aide Tapie

à lire sur MEDIAPART :

Tapie: le fisc a passé l'éponge sur 15 millions d'impôts
PAR LAURENT MAUDUIT

Selon nos informations, l’administration des impôts a renoncé en 2009 à saisir la Cour d’appel de Paris pour réclamer à Bernard Tapie le paiement de près de 15 millions d’euros d’arriérés d’impôt, dont 12 millions au titre de ses impôts sur le revenu des années 1992 et 1993. La justice risque de s'intéresser à cette nouvelle affaire, pour déterminer notamment qui a pu donner des instructions.

Lire la suite

extrait :

..."le fisc a passé l’éponge sur deux années d’impôt sur le revenu d’un contribuable qui figurait parmi les plus riches de France. L’affaire n’est certes pas inédite : en 2011, Mediapart avait ainsi déjà révélé que le ministre du budget de l’époque avait accordé une remise d’impôt de 6,2 millions d’euros au principal condamné du procès Elf, André Tarallo, connu sous le sobriquet de « Monsieur Afrique » (lire Une remise d’impôt de 6 millions d’euros pour le principal condamné du procès Elf)."...

Sortir de l'Euro : point de vue

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/09/sortons-de-l-euro-pour-sauver-l-europe_3174803_3232.html

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Sortons de l'euro pour sauver l'Europe

LE MONDE | 09.05.2013 à 20h30

Jean-Pierre Vesperini (Professeur agrégé des facultés de droit et des sciences économiques)

Certes, le premier problème de la France est le chômage, dont la cause tient à l'absence de croissance. Dans le cadre actuel de l'euro, qui l'a privée de ses souverainetés monétaire et budgétaire, le pays ne dispose plus des leviers qui lui permettraient de retrouver la croissance. La France en est donc réduite à demander à l'Allemagne de mettre en oeuvre une action de relance dont elle serait la bénéficiaire. Pour que l'action de Berlin soit vigoureuse, elle devrait consister à la fois en une politique budgétaire moins rigoureuse et en une politique salariale plus généreuse. Etant donné les contraintes que l'euro fait peser sur l'économie française, la France est donc parfaitement fondée à demander à l'Allemagne d'appliquer cette politique de relance.

Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas appliquer cette politique pour deux raisons : tout d'abord, les Allemands ne comprendraient pas qu'après avoir accompli d'importants efforts pour revenir à l'équilibre budgétaire, le gouvernement décide de s'en écarter délibérément.

 
  

Ensuite, parce que le gouvernement n'est pas maître de la politique salariale, qui dépend des partenaires sociaux. Or patronat et syndicats ne souhaitent pas un relâchement de la discipline salariale qui se traduirait par une perte de compétitivité, donc par une diminution des marges des entreprises et une réduction de l'emploi. L'Allemagne est donc parfaitement fondée à refuser les demandes de la France.

De son côté, que demande Berlin à Paris ? L'Allemagne se rend compte que le déficit public et le déficit extérieur de la France ne se réduisent pas. Elle redoute de devoir financer d'une manière ou d'une autre ces déficits auxquels s'ajouteraient ceux des autres pays déficitaires. L'Allemagne est donc parfaitement fondée à demander à la France de réaliser des réformes (économies budgétaires, baisse des prestations sociales, baisse des salaires) afin de réduire son déficit public et son déficit extérieur.

Le problème est ici que le gouvernement français ne peut pas réaliser des réformes de cette ampleur dans une société française au bord de la crise de nerfs. Croire que l'on peut réformer en profondeur la société et l'économie françaises sans croissance est une illusion. La France est donc elle aussi parfaitement fondée à refuser les demandes de l'Allemagne.

Parler dans ces conditions de tension ou de confrontation entre les deux pays est encore inexact et insuffisant. Comme dans une tragédie, Paris et Berlin sont prisonniers d'une situation inextricable qu'ils n'ont pas créée, où chacun est dans son droit, à la fois dans ses exigences et dans ses refus.

Comment cette tragédie peut-elle se dénouer ? Il est vain d'espérer, comme certains veulent le croire, que la France et l'Allemagne vont trouver un compromis : des réformes de ce côté-ci du Rhin et une relance de l'autre côté. Les inerties sont trop grandes, les intérêts trop opposés et les évolutions trop divergentes pour qu'on puisse espérer aboutir à un compromis durable à long terme. Ou les réformes seront insuffisantes pour faire vraiment diminuer les déséquilibres français, ou la relance allemande sera trop faible pour accélérer substantiellement la croissance de la France de façon à lui permettre de réaliser ses réformes. Nécessairement, l'une ou l'autre finira par imposer ses vues.

Ou l'Allemagne imposera les siennes, obligeant le gouvernement français à réformer en dépit de l'absence de croissance, et, dans ce cas, le risque est de provoquer une crise sociale grave pouvant conduire à la sortie de la France de la zone euro. Ou le gouvernement allemand cédera et acceptera d'être le payeur en dernier ressort des pays déficitaires de la zone euro. Mais, dans ce cas, le risque est que l'hostilité de l'opinion allemande à cette solution n'amène l'Allemagne à quitter finalement la zone euro. On voit donc que, quelle que soit la branche de l'alternative que suivront les événements, la tragédie franco-allemande se dénouera de la même manière : par la fin de l'euro.

Il est d'ailleurs logique que la fin de l'euro constitue le dénouement de la tragédie franco-allemande puisque c'est la création de l'euro elle-même qui est à l'origine de cette tragédie. En effet, en faisant perdre à chaque Etat de la zone euro d'abord sa souveraineté monétaire, et maintenant sa souveraineté budgétaire, l'euro aboutit à ce qu'aucun Etat ne puisse suivre la politique économique qui est adaptée à son économie. L'euro empêche la correction des déséquilibres.

En maintenant et en amplifiant les déséquilibres, l'euro crée une divergence croissante entre les Etats de la zone. Ainsi, en bloquant le taux de change entre la France et l'Allemagne, alors que les salaires ont augmenté deux fois plus vite en France qu'en Allemagne, l'euro nourrit un déficit extérieur croissant de la France vis-à-vis de l'Allemagne. Plus généralement, en imposant à l'économie française un taux de change de l'euro surévalué et à l'économie allemande un taux de change sous-évalué, l'euro crée des déficits extérieurs en France et des excédents en Allemagne. En réduisant ainsi les débouchés extérieurs de la France, il affaiblit son économie, tandis qu'en stimulant les débouchés extérieurs de l'Allemagne il renforce son économie.

Dans ces conditions, l'euro ne peut que favoriser une hostilité croissante de la France à l'égard de l'Allemagne. La fin de l'euro, en faisant retrouver sa souveraineté au gouvernement français, ne l'obligerait plus à demander au gouvernement allemand ce que ce dernier ne peut lui accorder.

La disparition de l'euro est donc nécessaire pour deux raisons : d'abord, pour mettre un terme à la lamentable tragédie franco-allemande. Ensuite, pour permettre à la France de retrouver la croissance. Nombreuses sont les voies qui pourront conduire à la fin plus ou moins proche de l'euro. La seule certitude est que cette fin est nécessaire. Nécessaire aux deux sens de ce mot : indispensable et inéluctable.

Jean-Pierre Vesperini est l'auteur de "L'Euro", Dalloz, 230 pages, 3,50 euros.

13/05/2013

"réformes structurelles de compétitivité" = "aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh"

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/13/le-moins-disant-salarial-en-accusation_3175394_3234.html

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Le moins-disant salarial en accusation

LE MONDE | 13.05.2013 à 14h59

Par Paul Jorion (économiste et anthropologue)

Parler de "réformes structurelles de compétitivité", c'est accepter le principe d'un moins-disant salarial au plan international : c'est admettre qu'il existe un pays où le niveau du salaire de subsistance est le plus bas, et que ce salaire de subsistance du travailleur le plus misérable de la planète doit jouer le rôle d'un "attracteur" pour l'ensemble des salaires à la surface du globe. 

Le salaire moyen au Bangladesh étant aujourd'hui cinq fois plus faible qu'en Chine, j'ai choisi de traduire dans mes conférences l'expression obscure "réformes structurelles de compétitivité" par "aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh", une phrase dont la signification est identique, mais présente l'avantage d'être comprise aisément par tous mes auditeurs.

En utilisant cette expression polémique, je ne pensais cependant pas qu'une actualité tragique en ferait à ce point résonner la pertinence.

Le 24 avril, l'effondrement à Savar, un faubourg de Dacca (Bangladesh), du Rana Plaza, un immeuble de huit étages rassemblant un grand nombre d'ateliers de confection aux conditions de travail dickensiennes, a causé la mort de plus de mille personnes, des femmes essentiellement.

A la vue d'étiquettes de marques familières mêlées aux corps sans vie au milieu des gravats, l'indignation est à son comble. La presse financière internationale n'est pas en reste : à de telles situations où des ouvrières et des ouvriers sont renvoyés dans des locaux en voie d'effondrement et aux issues de secours bloquées par une "police industrielle", elle connaît la réponse. Son nom, affirme le Financial Times, c'est la syndicalisation, qui permet aux travailleurs de faire-valoir leurs droits.

 HAVRES FISCAUX

Tout occupés à échapper à l'enfer du monde rural pour découvrir la paix relative des ateliers urbains (migration qui en vingt ans a fait baisser la pauvreté de moitié), les Bangladais auraient négligé la protection qu'offrent les syndicats. Sans doute, mais peut-être ont-ils en mémoire le syndicaliste Aminul Islam, dont le cadavre portant les marques de sévices fut retrouvé l'année dernière abandonné sur une autoroute.

La révélation spectaculaire des conditions dans lesquelles est produit dans le tiers-monde notre low cost occidental modifiera-t-elle la philosophie de nos dirigeants ? Il en faudrait certainement plus, car nous vivons dans un monde où, si les individus sont encore ancrés dans une logique territoriale, les entreprises ont cessé de l'être depuis plus d'un siècle.

Par le biais de l'instrument juridique qu'est le "trust" anglo-saxon, les individus les plus fortunés, grâce à des montages fondés sur l'anonymat qu'autorisent les havres fiscaux, ont le moyen d'accéder à titre personnel au pouvoir dont disposent les transnationales : pouvoir économique, mais aussi pouvoir politique en raison du poids que l'argent permet d'exercer sur le mécanisme démocratique.

Dans le cadre actuel, la logique du moins-disant salarial est l'un des principes de base de l'économie de marché, à preuve l'indifférence des populations à l'annonce de ces "réformes structurelles de compétitivité".

L'horreur de Rana Plaza restera-t-elle sans conséquences ? Rien n'est moins sûr cependant, car c'est la philosophie du "moins-disant" sous toutes ses formes qui se retrouve aujourd'hui sur la défensive, depuis que l'affaire Cahuzac a mis sur la sellette le moins-disant juridique et fiscal des havres fiscaux, et que l'inviolabilité qui faisait leur force s'est vue compromise dans la résolution de l'affaire de Chypre.

Si en effet les sommes déposées sur un compte dans un havre fiscal ont cessé d'y être en sécurité, c'est l'édifice entier qui s'effondre.

TALON D'ACHILLE

Et c'est là que se situe le talon d'Achille du moins-disant salarial : dans le fait que les opinions publiques sont désormais en rébellion ouverte contre la philosophie du moins-disant dans toutes ses manifestations.

Ce ne sont pas les dirigeants eux-mêmes qui ont mis le holà, mais la réprobation générale les a obligés d'installer des coupe-feu dans l'urgence pour contenir la vague d'indignation. Qu'on pense à la promptitude de la réponse, même si ce n'était pas une transparence voyeuriste que réclamait de la classe politique, l'opinion, mais, bien plus banalement, des gages d'honnêteté.

Le moins-disant juridique et fiscal a atteint le seuil de l'intolérable, parce qu'il instaure en régime idéal la piraterie que les grosses entreprises – transnationales de fait – exercent sur l'économie mondiale : prédation par elles des entreprises plus petites, quant à elles confinées de par leur taille sur le territoire national et contribuant seules par le versement de l'impôt aux frais de maintien de l'ordre commercial, ordre dont les transnationales bénéficient sinon gratuitement, du moins avec un rabais considérable.

Ces transnationales n'en voient pas moins le contribuable voler à leur secours en période de vaches maigres, pour régler non seulement leurs pertes économiques réelles, mais également leurs paris spéculatifs perdus, illustration tragique du principe de "privatisation des profits, socialisation des pertes".

Le moins-disant salarial des "réformes structurelles de compétitivité" relève de la même logique exactement que le moins-disant fiscal : il s'agit là aussi, par la baisse des salaires, de maximiser la part de la richesse créée, qui passera en dividendes et en bonus extravagants que les dirigeants des plus grosses entreprises s'octroient à eux-mêmes.

11/05/2013

Défense de l'enseignement public en Espagne

à lire sur :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/10/l-enseignement-public-dans-la-rue-en-espagne_3174964_3214.html

L'enseignement public dans la rue en Espagne


L'enseignement public dans la rue en Espagne.pdf