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31/07/2015

Changement climatique : les pollueurs au courant depuis longtemps

à lire sur :

Exxon knew of climate change in 1981, email says – but it funded deniers for 27 more years

A newly unearthed missive from Lenny Bernstein, a climate expert with the oil firm for 30 years, shows concerns over high presence of carbon dioxide in enormous gas field in south-east Asia factored into decision not to tap it

16/03/2015

La semaine de la langue française débute lundi 16 mars ...

... mais quelle langue ?

(le surlignage est de moi)

lu sur :

Le Point  - Publié le 16/03/2015 à 10:01 - Modifié le 16/03/2015 à 17:54

 

Alors que la semaine de la langue française pourrait être l'occasion d'exalter ce qui nous fait grands, le ministère célèbre la diversité, dénonce Brighelli.

La semaine de la langue française débute lundi 16 mars. © AFP 
 

C'est donc aujourd'hui lundi 16 mars la journée (et la semaine) de la langue française. Un naïf penserait que voilà une belle occasion de ressortir les grands magiciens des motsLa Fontaine ou Racine, Voltaire ou Raymond Queneau, parmi tant d'autres... Que nenni : ce serait exalter une France franco-française qui fait naturellement horreur à tout bon citoyen mondialisé - et politiquement correct. Le ministère de l'Éducation nationale a donc réfléchi - le diable aurait pu nous en préserver. Et, via un site spécifique, il a déterminé dix mots à mettre en vedette aujourd'hui. Préparez vos mouchoirs ! 

Noyer le poisson et le français 

"Les dix mots de cette nouvelle édition invitent donc au voyage : "amalgame, bravo, cibler, grigri, inuit, kermesse, kitsch, sérendipité, wiki, zénitude". Qu'ils viennent du flamand, de l'italien, de l'hawaïen, de l'arabe ou de l'inuktitut, ces mots reflètent bien "l'hospitalité" de notre langue", écrivent les têtes creuses de la Rue de Grenelle. Tout est dit. Que le premier mot de la liste soit "amalgame" et qu'il vienne spécifiquement de l'arabe suffit à notre bonheur. Le français a beau être une langue latine (plus de 90 % de notre vocabulaire vient du latin, ou du grec à travers le latin - pensez au doublet hyper-super, où par une aberration sémantique le préfixe grec paraît plus grand que le préfixe latin qui est sa traduction exacte), notre sens de l'"hospitalité" nous permet d'accueillir plein de mots immigrés. 

Après l'arabe "amalgame", "bravo" vient de l'italien, "cibler" de l'alémanique, grigri est d'origine africaine, "inuit" déboule, comme on s'en doute, du Grand Nord et de l'inuktitut, "kermesse" (héroïque ?) est flamand, "kitsch" est allemand, "sérendipité" anglais, "wiki" hawaïen, et "zénitude" découle du japonais. On voudrait nous vendre l'Europe d'abord et le monde ensuite en un mini-lexique qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Et d'inviter les écrivains et les élèves à inventer des textes intégrant (ah, l'intégration !) le plus possible de ces mots issus de communautés diverses. C'est un projet politique avant d'être une célébration du langage hexagonal. 

Noyer la France 

Nous habitons notre langue. Elle est constituée de strates parfois fort anciennes, certaines bien minces (il ne reste pas grand-chose de la langue celte et, dans le gallo-romain, c'est le romain qui a prévalu largement), d'autres fort épaisses : nous parlons une langue latine, comme nous avons hérité d'une culture judéo-chrétienne teintée de latinité et d'hellénisme. Et rien d'autre. Que "chocolat" vienne de l'aztèque et "tabou" du tahitien est anecdotique - ça permet d'occuper trois minutes de classe en cours de français. Et il serait temps d'enseigner le français, d'enseigner la France, avant de s'intéresser aux "mélanges" occasionnels. Le français a une exceptionnelle faculté d'intégration (contrairement à l'anglais, qui, par exemple, respecte autant que possible les noms originels des villes comme par exemple Beijing dont nous n'avons aucun scrupule à faire Pékin - comme nous avons transformé Mohammed en Mahomet par métathèse - membre éminent de la nombreuse famille des métaplasmes) et s'est fixé à partir du XVIIe siècle parallèlement à un système idéologique, la monarchie absolue - si bien que les Bourbon s'installant sur le trône d'Espagne ont créé une Académie ibérique sur le modèle de l'Académie française pour imposer le castillan comme modèle unique, conformément au roi garant de cette unicité. 

C'est le système de la langue qu'il faut apprendre aux enfants et aux adolescents - pas de multiples anecdotes dont la juxtaposition donne l'image d'une langue de bric et de broc, comme on veut nous faire croire que nous sommes un peuple de hasard juxtaposant trente communautés diverses et antagonistes. La France, via sa langue (mais il faudrait l'apprendre sérieusement, et non de façon impressionniste), parle d'une seule voix - et cette voix parle français. Ou du moins elle devrait. Malheur à nous si nous continuons à nous noyer dans un européanisme stérilisant et une globalisation mutilante. Malheur à nous si nous nous persuadons que nous sommes une mosaïque de "communautés" parlant, comme à Babel, des langues incompatibles. C'est à l'école que tout peut aujourd'hui recommencer - si nous consentions enfin à faire de l'école le lieu de la reconquête de la langue et de la souveraineté.

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sérendipité : je ne connaissais pas ce mot en français; je le connaissais vaguement en anglais mais j'utilise plus naturellement le mot "hasard" (chance en anglais).

J'ai donc appris aujourd'hui, en cherchant un peu, que l'anglais "serendipity" venait d'un conte pour enfants anglais " The Three Princes of Serendip" ("les trois princes de Serendip"; vous en aviez entendu parler ?) . 

20/02/2015

La recherche médicale

Voici un livre à lire absolument, décrivant de l'intérieur les rouages de la recherche scientifique en France, en particulier dans le domaine médical, toujours d'actualité !

(et je sais de quoi je parle !)

Livre: Ma vérité sur la « mémoire de l'eau » - Jacques Benveniste ...

www.albin-michel.fr/Ma-verite-sur-la-memoire-de-l-eau--EAN= 9782226158772

Jacques Benveniste restera l'homme d'une polémique. Dans laquelle il aura tout gagné. Et tout perdu. 

un extrait :

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09/10/2014

Art des cavernes chez Homo Sapiens : avant le départ d'Afrique ?

Francetv info -
Publié le 08/10/2014 à 19H36, mis à jour le 08/10/2014 à 20H32
 
L'art des cavernes est apparu en Asie il y a 40.000 ans, en même temps qu'en Europe, une découverte révélée mercredi par la revue britannique Nature (voir (*)). Une équipe de scientifiques australiens et indonésiens a établi qu'une main humaine réalisée au pochoir dans une grotte d'Indonésie avait été peinte il y a au moins 39.900 ans.
Par Culturebox (avec AFP)
Une des premières peintures figuratives au monde
 
Il y a 40.000 ans, en Asie, des hommes ornaient déjà leurs grottes de peintures comme en Europe. Une découverte qui bouleverse l'idée couramment admise selon laquelle l'art pariétal serait apparu d'abord en Europe de l'Ouest.

   

En étudiant les grottes calcaires de Maros, sur l'île indonésienne de Sulawesi, une équipe de scientifiques australiens et indonésiens a établi qu'une main humaine peinte en négatif avec une technique de pochoir datait d'il y a 39.900 ans au moins.

   

Une autre oeuvre, la représentation très réaliste d'un cochon "babirusa", avec ses petites pattes et sa queue, peinte avec des pigments rouges dans la même caverne, est âgée d'au moins 35.400 ans. On sait qu'il s'agit d'une femelle car elle ne porte pas les grandes canines recourbées du "babirusa" mâle, surnommé le "cochon-cerf". Cette datation en fait l'une des premières peintures figuratives au monde.

   

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs, qui publient mercredi leur étude dans la revue britannique Nature, ont utilisé la méthode de datation par l'uranium-thorium.

   

En Asie, on peignait aussi à l'Age de glace
 
"On considère souvent que l'Europe a été au centre de la première explosion de créativité humaine, particulièrement avec l'art des cavernes, il y a environ 40.000 ans", souligne l'un des auteurs de l'étude, Maxime Aubert, de l'université australienne Griffith.

   

"Mais nos datations de l'art pariétal de Sulawesi montrent qu'à peu près au même moment, à l'autre bout du monde, des hommes réalisaient des peintures d'animaux aussi remarquables que celles des grottes de France et d'Espagne pendant l'Age de glace", ajoute-t-il.

   

La première oeuvre d'art connue au monde est la peinture d'un disque rouge découverte dans la grotte d'El Castillo dans le nord de l'Espagne et datée d'au moins 40.800 ans. Une main au pochoir trouvée sur ce même site a au moins 37.300 ans.

   

La peinture figurative la plus ancienne retrouvée en Europe est un rhinocéros de la grotte Chauvet (France) qui aurait entre 35.300 et 38.800 ans.
 
Un indicateur de la capacité d'abstraction
 
 "L'art des cavernes est l'un des premiers indicateurs de la capacité d'abstraction de l'esprit, le début de l'être humain tel que nous le connaissons", selon Thomas Sutikna, de l'université australienne de Wollongong.

   

"Désormais, les Européens ne peuvent plus revendiquer seuls d'avoir été les premiers à développer un esprit d'abstraction. Ils doivent partager cela au moins avec les premiers habitants d'Indonésie", déclare Anthony Dosseto, directeur de l'université de Wollongong et coauteur de l'étude.
 
"Il est possible que l'art des cavernes soit apparu de façon indépendante à peu près au même moment aux deux extrémités de la répartition géographique des premiers hommes modernes", relève l'étude.

   

Un scénario alternatif serait que "l'art pariétal était largement pratiqué par le premier Homo Sapiens à quitter l'Afrique des dizaines de milliers d'années auparavant". Les animaux peints retrouvés dans les cavernes de Maros et la grotte Chauvet "puiseraient alors leurs origines profondes hors d'Europe et d'Indonésie", ajoutent les chercheurs. Dans ce cas, il faut s'attendre à de nouvelles découvertes dans d'autres régions du monde, notamment en Australie, selon eux.
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A LIRE AUSSI

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(*)

 M. Aubert, A. Brumm, M. Ramli et al. 

Cave art from the island of Sulawesi in Indonesia, consisting of human hand stencils and animal paintings, is at least 40,000 years old, raising the question of why rock art traditions appeared at more or less the same time at opposite ends of the Late Pleistocene human world.

03/10/2014

De l'importance du cervelet

À lire sur  :

LeTemps.ch - Média Suisse de Référence

www.letemps.ch/
 
Sciences & Environnement 

Le cervelet, cet «oublié» de l’évolution des primates

La taille du cervelet a augmenté six fois plus vite que toute autre partie du cerveau chez les grands singes, indique une étude parue dans Current Biology. L’intelligence technique serait ainsi au moins aussi importante que l’intelligence sociale dans l’évolution cognitive de l’homme

24/05/2014

Comportement social : sauriez-vous désobéir ?

lu sur :

www.lemonde.fr/.../05/19/les-racines-de-la-desobeissance...

 

 

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 19.05.2014 à 17h32 • Mis à jour le 20.05.2014 à 11h28 |Par Viviane Thivent

Les sympathisants de gauche, les femmes militantes et les bordéliques sont plus enclins à la désobéissance que les personnes affables, consciencieuses ou de droite. Telle est la conclusion d’une étude française publiée dans Journal of Personality.

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Pour comprendre ce résultat, il faut remonter en 1961. A l’époque, un criminel de guerre nazi, Adolf Eichmann, est jugé à Jérusalem. Le procès est suivi par la philosophe Hannah Arendt qui, stupéfaite, découvre en Eichmann un bon père de famille, aimé des siens, plus que la moyenne même, et qui se serait contenté d’obéir aux ordres. Un paradoxe qui amènera la penseuse à parler de « banalité du mal » et poussera quelques mois plus tard un psychologue social américain, Stanley Milgram, à conduire une expérience (dite de Milgram) sur la soumission à l’autorité.

« VULNÉRABILITÉ SITUATIONNELLE À L’OBÉISSANCE »

Son principe est simple et tient en trois personnages : l’élève – un complice –, qui doitapprendre une liste de mots ; le professeur – le sujet étudié –, chargé de vérifier les réponses et d’infliger à l’élève des chocs électriques d’intensité croissante en cas d’erreur ; et enfin l’expérimentateur, un scientifique, représentant l’autorité. Dans ce contexte, plus de 60 % des sujets acceptent d’envoyer 450 volts – fictifs – à l’élève. Un tiers seulement environ refusent d’obéir.

 

« Cette découverte fut si choquante que les chercheurs se sont depuis focalisés sur cette vulnérabilité situationnelle à l’obéissance, explique le philosophe Michel Terestchenko, et ont versé dans le dogmatisme, le tout contextuel. » Point culminant de cette pensée, une phrase de Philip Zimbardo, psychosociologue à l’université Stanford, à propos des crimes d’Abou Ghraïb : ces exactions « ne sont pas le fait de mauvais garçons dans une bonne barrique, mais de bons garçons dans une barrique maléfique ».

« NOUS SOUHAITIONS VÉRIFIER LES OBSERVATIONS D’HANNAH ARENDT »

« Mais c’est oublier que tout le monde ne devient pas tortionnaire, rappelle Laurent Bègue, de l’université de GrenobleIl existe forcément des facteurs non situationnels prédisposant à l’obéissance ou à la rébellion. » C’est mû par cette conviction que le chercheur et sescollaborateurs ont décidé de s’intéresser à la personnalité et à l’idéologie des sujets testés.« Nous souhaitions vérifier si les observations d’Hannah Arendt concernant la nature particulièrement affable d’Eichmann avaient valeur au-delà du cas isolé. »

Pour ce faire, les chercheurs ont travaillé sur les 80 personnes qui, en 2009, ont participé à une expérience de type Milgram, « Le Jeu de la mort », diffusée en prime time par FranceTélévisions et où l’autorité avait le visage d’un présentateur de télévision et d’un public. « On les a interrogés sur leurs convictions politiques, leur propension à l’activisme et, surtout, on leur a fait passer le test des “big five”, qui permet d’évaluer cinq traits centraux de la personnalité humaine. » A savoir l’ouverture à l’expérience, l’esprit consciencieux (autodiscipline, respect des règles), l’extraversion, l’agréabilité et l’instabilité émotionnelle.

Les résultats montrent qu’être une personne agréable ou avoir l’esprit consciencieux sont significativement liés à l’obéissance, « ce qui n’est pas très étonnant puisque les personnes consciencieuses ont le souci de respecter les règles et celles particulièrement agréables celui de plaire aux autres », explique Laurent Bègue. A l’inverse, les personnes qui se déclarent de gauche sont plus promptes à la désobéissance. Idem pour les femmes militantes.

« DILEMME MORAL : CONTINUER OU NON DE FAIRE MAL À UN INNOCENT »

« Ce n’est pas une surprise, nuance Jerry Burger, de l’université de Santa Clara, aux Etats-Unis. Plusieurs études ont déjà révélé des traits de personnalité liés à l’obéissance. » « Mais jamais avec un test reconnu par la communauté scientifique », insiste Laurent Bègue. « De plus, reprend l’Américain, l’expérience considérée, avec un public, n’est pas réellement comparable à celle de Milgram. » « Ce qui n’est pas si important, insiste Nestar Russell, de l’université Nipissing, au Canadapuisque dans les deux expériences les sujets font face au même dilemme moral : continuer ou non de faire mal à un innocent. »

« Enfin, il faut rappeler que tous ces tests sont conduits en laboratoire ou dans des contextes à très faible enjeu, conclut Michel Terestchenko. Dans le réel, lorsque les conséquences sont concrètes, la désobéissance relève plus de l’acte héroïque que du simple trait de personnalité. » « Il n’empêche, des facteurs prédisposants existent bel et bien », rétorque Laurent Bègue. A noter que d’autres études ont montré que les personnes consciencieuses ont une meilleure espérance de vie, et qu’elles peuvent se révéler plus altruistes dans d’autres situations. 

13/10/2013

La gastronomie française, élément du patrimoine national

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/11/cuisine-politique-autour-du-fait-maison_3493929_3224.html

Cuisine politique autour du "fait maison"

LE MONDE | 11.10.2013 à 15h03 • Mis à jour le 12.10.2013 à 22h03 |Par Nicolas-Jean Brehon (Enseignant en finances publiques et titulaire du CAP de cuisine)

La gastronomie française, élément du patrimoine national et du patrimoine immatériel de l'humanité, a été débattue au cours de l'examen du projet de loi sur la consommation. L'idée, toute simple, était d'indiquer, sur les cartes, le mode de fabrication des plats dans les restaurants. Un label "fait maison" permettrait de qualifier et de valoriser la confection des plats sur place, par opposition à la cuisine pousse- bouton, puisque de plus en plus de restaurateurs achètent des plats préparés qu'il suffit de réchauffer. Une pratique qui permet de s'affranchir des saisons et d'une des plus grandes contraintes de la cuisine : le temps. Or, le temps... Comment ne pas être tenté ?

Il ne faut pas nier que même les cuisiniers les plus renommés ont parfois recours à des poudres de fond de veau déshydraté. En réalité, pratiquement tout peut être préparé à l'avance par l'industrie agroalimentaire. Mais est-ce toujours de la cuisine ? Ainsi, les restaurants sont, de plus en plus souvent, des lieux où l'on réchauffe des plats plus qu'on n'y cuisine.

Certains chefs ont voulu garantir un savoir-faire. L'idée fut formalisée dans trois propositions de loi émanant de parlementaires UMP. L'une, réservant l'appellation de restaurant "aux professionnels qui assurent la fabrication de leurs plats sur place à base majoritairement de produits bruts", l'autre "créant l'appellation d'artisan restaurateur", la troisième tendant à "préciser l'élaboration des plats dans les établissements de restauration". Le gouvernement proposa de les inscrire dans la loi sur la consommation en faisant adopter, en juillet, à l'unanimité des députés, un amendement sur l'adjonction de la notion de "fait maison" sur les cartes. Mais, en septembre, le Sénat a supprimé cette disposition, les voix de l'UMP étant associées, pour l'occasion, aux voix communistes. Ainsi, ce que les députés de l'UMP avaient proposé, le gouvernement l'a traduit dans les textes et... la droite sénatoriale l'a rejeté.

La bataille du savoir-faire a été gagnée à la première manche et perdue à la deuxième. Avec quels arguments ? Les difficultés du contrôle, le flou des frontières entre "le vrai" fait maison et le "à moitié", l'opprobre injuste portée aux salariés qui fabriquent ces produits, l'excès des réglementations...

Entre le texte voté par l'Assemblée et son examen par le Sénat, il y eut aussi sûrement la pression discrète des industriels de l'agroalimentaire qui fournissent les restaurants en produits préparés, et l'appui des professionnels de la restauration eux-mêmes, bien embarrassés par cette initiative, qui préfèrent s'en tenir à la définition du petit Robert, "un restaurant est un établissement où l'on sert des repas moyennant paiement", ce qui laisse la possibilité de "cuisiner" comme on veut. Et puis, quel mal y a-t-il à utiliser une technique d'aujourd'hui ? Quel mal ? Plus qu'un mal, un suicide.

ORFÈVRES DEVENUS MARCHANDS

Les Français ont un savoir-faire, une tradition. La cuisine française fait rêver le monde entier. Mais, si elle peut toujours s'abriter derrière ses chefs starisés et faire illusion auprès de la clientèle internationale, la clientèle nationale et européenne est plus lucide. Elle sait que si, autrefois, on mangeait bien partout, il faut maintenant chercher, et que les 200 000 restaurants de France n'apportent pas toujours le soin escompté. Certains grands groupes français de l'hôtellerie font tout simplement honte à la cuisine française.

La France gâche l'un de ses atouts incontestés. Sont-ils si nombreux ? La réaction majoritaire des syndicats professionnels a été bien éloignée de cette tradition d'excellence. Les artisans des métiers de bouche, bouchers, charcutiers, pâtissiers, qui, par ricochet, y voyaient une défense de leur métier, sont indignés eux aussi.

La réponse ne peut être seulement de préparer la cuisine en vitrine. Depuis des années, l'agriculture française s'oriente vers une politique de labels, gages de qualité. Comment admettre que les cuisiniers, qui en sont les premiers utilisateurs, se refusent à suivre la même voie ?

Qui aurait pu croire, il y a seulement vingt ans, que la principale menace sur la cuisine française viendrait des restaurants eux-mêmes ? Bien que la conserve soit apparue au tout début du XIXe siècle, imagine-t-on Carême ou Escoffier servir des petits pois en boîte ?

Le risque est de garder l'image en vidant le contenu. Quand les cuisiniers cesseront d'être des orfèvres pour ne plus être que des marchands, la cuisine française sera un mythe. Pour combien de temps ?

Tout n'est pas perdu, la procédure législative suit son cours. Il reste une deuxième lecture. Un réchauffé en quelque sorte. Carême, Escoffier, réveillez-vous, ils sont devenus fous !


Nicolas-Jean Brehon (Enseignant en finances publiques et titulaire du CAP de cuisine)

17/03/2012

"Si les Chinois s'y mettent, c'est la fin"

... des vrais Euros !

lu sur :

http://www.lepoint.fr/monde/les-michel-ange-des-faux-talbins-17-03-2012-1442289_24.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20120317

le Point 17/3/2012

Les Michel-Ange des faux talbins

 

La moitié des faux euros circulant en Europe sont fabriqués à Giuliano, une petite ville au nord de Naples. 

Giuliano est à la fausse monnaie ce que Cambrai est aux bêtises. Selon Europol, 50 % des faux billets circulant dans les 17 pays de la zone euro sont fabriqués dans cette petite ville située au nord de Naples et dans ses environs. Une fortune colossale. En effet, depuis 2002, cinq millions de faux billets pour un montant de 300 millions d'euros ont été retirés du circuit par les autorités monétaires de la zone euro. Mais les enquêteurs estiment que le quintuple est encore en circulation.

Ce n'est pourtant encore que la pointe de l'iceberg. La majorité des faux euros "made in Giuliano, des quintaux de coupures de 20, 50 et 100, sont destinés à l'Afrique du Nord, au Moyen-Orient ou à la Colombie. C'est en 2004 que la première imprimerie de fausse monnaie fut découverte à Giuliano par la police. Depuis, les enquêteurs ont arrêté sept autres bandes de faux-monnayeurs dans les environs de la petite ville.

Chaque bande est organisée avec ses financiers, ses pourvoyeurs qui fournissent l'encre et le papier, les typographes et les distributeurs. Les faux billets sont revendus une première fois à un grossiste pour 10 % de leur valeur nominale, 100 000 véritables euros contre un million de faux. Puis à chaque passage, le prix augmente de 10 % de la valeur nominale. La Camorra napolitaine tolère cette activité qui lui échappe et utilise parfois de la fausse monnaie pour payer de grosses livraisons de drogue en provenance de Colombie.

Virtuosité

Ce sont les typographes qui font la force des clans de Giuliano. Des professionnels à l'ancienne qui ne travaillent pas avec les imprimantes digitales à laser de dernière génération utilisées par leurs concurrents français, turcs, polonais, bosniaques, albanais et bulgares. Leur spécialité est la coupure de 20 euros, la plus prisée sur le marché, car c'est la plus facile à écouler. Filigrane, fil intégré dans la masse du papier, bande et plaquette holographiques, qualité du papier, variations de la couleur de l'encre : tous les experts reconnaissent aux hommes de Giuliano une virtuosité de Michel-Ange des faux talbins.

Les seuls à pouvoir les concurrencer sont leurs confrères de Plovdiv, dans le sud de la Bulgarie. De leur longue tradition dans la fabrication de faux dollars, les Bulgares ont acquis une parfaite maîtrise du billet de 100 euros, vert comme le dollar. Grands contrefacteurs devant l'Éternel, les Chinois sont encore absents du business. Mais les enquêteurs d'Europol ont récemment saisi de faux euros bulgares dont les hologrammes avaient été fabriqués dans l'empire du Milieu. "Si les Chinois s'y mettent, c'est la fin", a confié un enquêteur.  

14/01/2012

WIKIPEDIA

lu sur :

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/14/wikipedia-bazar-libertaire_1629135_651865.html

 

Wikipédia, bazar libertaire

 

Un million de personnes viennent de donner 20 millions de dollars pour faire vivre l'encyclopédie en ligne. Un record. Mais les critiques demeurent : qualité des textes inégale, manque de fiabilité, partis pris flagrants. Un site trop libre ?

 

 

Difficile de rater les visages des contributeurs et dirigeants de l'encyclopédie en ligne Wikipédia. De novembre 2011 à début janvier, à chaque recherche, leurs portraits apparaissaient en tête de page, vous invitant à faire un don. Susan et ses longs cheveux blancs. Rémi Mathis, président de Wikimédia France, avec son air potache. Jimmy Wales, le fondateur américain.

Quelque 450 millions de personnes consultent chaque mois Wikipédia. L'encyclopédie est traduite dans 280 langues (dont les douze régionales en France) et propose 1,1 million d'articles en français, consultés par 18,8 millions de lecteurs. Le cinquième site le plus visité du monde est une entreprise à part. Les quatre premiers (Google, Yahoo!, YouTube et Facebook) ont levé des investissements colossaux, se financent par la publicité, emploient des milliers de salariés, mènent de coûteuses campagnes de marketing. Wikipédia, lui, tourne avec 7,6 millions de dollars (6 millions d'euros), 95 salariés, des dizaines de milliers de rédacteurs bénévoles. Et sans publicité.

Indépendante, l'encyclopédie participative est financée à 85 % par les dons de particuliers, le reste provenant de fondations. La dernière campagne de collecte de fonds, qui a pris fin le 3 janvier, a battu un record : 20 millions de dollars, soit 15,3 millions d'euros, donnés par 1 million de personnes. Ces dons aideront à développer Wikipédia et ses projets complémentaires : le dictionnaire multilingue Wiktionary, le centre d'actualités Wikinews, les bibliothèques numériques Wikibooks (pédagogique) et Wikisource (universelle), le recueil de citations Wikiquotes, la plateforme pédagogique Wikiversity, la médiathèque Wikimedia Commons, le répertoire des espèces vivantes Wikispecies. Une colossale somme de connaissances gratuite, illustrée, en perpétuelle réactualisation. Une bibliothèque de Babel contenant tous les savoirs, digne de celle imaginée par Borges dans Fictions.

HISTOIRE MOUVEMENTÉE

Comment expliquer un tel succès, qui contredit tous les modèles économiques ? L'histoire de Wikipédia est aussi mouvementée qu'éclairante. En mars 2000, Jimmy Wales, actionnaire majoritaire de Bomis.com, portail de recherches en ligne d'images érotico-pornographiques, lance Nupedia, une encyclopédie sur le Net. Il embauche un rédacteur en chef, Larry Sanger, qui forme un comité scientifique. Les premiers articles sont validés. Mais voici qu'un programmeur leur explique le principe du "wiki", un site Web dont les visiteurs peuvent modifier les pages - "wiki-wiki" signifiant "rapide" en hawaïen. Le 15 janvier 2001, financé par Jimmy Wales, Wikipédia est lancé, avec appel aux lecteurs. Le nouveau site croule bientôt sous les articles et, très vite, Wikipédia se développe dans le monde entier, prise en main par des équipes de bénévoles passionnés.

Wikipédia s'inscrit dans le courant coopératif né avec Internet. Il s'inspire des principes du "copyleft" (qui autorise, par opposition au copyright, la libre diffusion et modification d'une oeuvre) et du logiciel libre (dont l'utilisation, la modification et la duplication sont permises, techniquement et légalement). Deux textes fondamentaux, écrits par deux anciens hackers, influencent les wikipédiens. D'abord un essai, The Cathedral and the Bazaar, d'Eric Raymond (non traduit, éd. O'Reilly Media, 1999), qui défend "la logique du bazar" : si une multitude de contributeurs interviennent sur un projet sans obéir à une hiérarchie ni à un plan directeur, ils élaborent une oeuvre en mouvement, pas une cathédrale figée. Ensuite, "L'Encyclopédie universelle libre", un appel mis en ligne par Richard Stallman en 1999. Le père du système d'exploitation libre GNU y appelait à la création d'une encyclopédie gratuite et participative : "Dans le passé, les encyclopédies furent écrites sous la direction d'un organisme unique et centralisé. Cela n'aurait pas de sens de développer l'encyclopédie libre de cette manière."

Cette philosophie coopérative et libertaire est la règle de base de Wikipédia, qui s'est donné pour slogan : "Le projet d'encyclopédie librement distribuable que chacun peut améliorer." En juin 2003, Jimmy Wales transfère ses droits de propriété à la Wikimedia Foundation. Elle est dirigée par les fondateurs du site et des représentants élus par les associations des wikipédiens actifs (une trentaine en 2010). Jimmy Wales, consacré en 2006 parmi les 100 personnalités les plus influentes par Time, n'y a plus de rôle dirigeant. Il s'occupe de Creative Commons, une organisation qui vise à élaborer des contrats de droits d'auteur permettant le partage des connaissances, des oeuvres, des données et un accès universel à la culture, à l'éducation et à la recherche. Il nous explique : "Wikipédia est un temple de l'esprit, un lieu où apprendre et partager la connaissance, pas un espace marchand. Le commerce ne doit pas envahir chaque sphère de notre vie. Nous sommes à la fois un service public et un bien commun."

Pas de marchands dans le temple, libre coopération, décentralisation, voilà pour les principes. Mais comment, en faisant appel au public, rédiger une encyclopédie fiable, sans amateurisme, qui ne devienne pas une foire d'empoigne ou un lieu de toutes les manipulations ? C'est très difficile. Depuis sa création, Wikipédia se trouve écartelée entre ses deux exigences originelles : le souci de la relecture experte voulue par Larry Sanger, dans la tradition des grands encyclopédistes depuis Diderot et d'Alembert, et la richesse d'une matière éditoriale parfois approximative, de parti pris, peu référencée, apportée par des milliers de passionnés ou des esprits sectaires.

RÈGLES DÉONTOLOGIQUES

Pour éviter les travers, les fondateurs ont mis en place, année après année, des règles déontologiques. La première est "la neutralité du point de vue", soit "décrire le débat plutôt que de s'y engager". Chaque contributeur doit aussi présenter "les différents points de vue d'une controverse", en insistant sur les mieux étayés, avec des sources fiables et qui font autorité. Ainsi l'internaute découvre les fameux "Ref. nécessaire" ou "Article non neutre" pour les textes jugés imparfaits.

Chacun pouvant intervenir pour enrichir un article, d'intenses débats ont lieu en coulisses entre les rédacteurs, des experts mécontents, les personnes concernées, les idéologues d'un sujet, les oisifs qui y mettent leur grain de sel... Au cours de ces polémiques (toutes consultables en ligne, ce qui éclaire les querelles d'interprétation et révèle les sectaires), Wikipédia exige des "règles de savoir-vivre", exposées sur la page des "Principes fondateurs" : "Recherchez le consensus. Gardez votre sang-froid lorsque l'atmosphère chauffe. Evitez les guerres d'édition."

Les affrontements sont innombrables, même si une grille de "recherche de consensus" a été élaborée, poussant à toujours reprendre la discussion à l'amiable, arguant qu'un contenu solide, "rationnel" peut être trouvé. Cela donne parfois de longs et riches articles, où plusieurs interprétations s'équilibrent. Parfois, la volonté de consensus donne des fiches interminables. En cas de litige violent, un administrateur, élu par les communautés de chaque pays, peut suspendre une page ou interdire un contributeur, en attendant un accord. Une très dadaïste section "les guerres d'édition les plus pitoyables" est en ligne. Une parmi tant d'autres, française : l'âge d'Arielle Dombasle.

ERREURS, AMATEURISME : DE NOMBREUSES CRITIQUES

Voilà pour les principes. Sont-ils réellement appliqués ? Suffisent-ils ? De nombreuses critiques, précises et savantes, dénoncent l'amateurisme et listent les erreurs flagrantes. Daniel Garcia, du magazine Livres Hebdo, se fend le 3 novembre 2006 d'un article corrosif : "Ouvrez dans Wikipédia la notice relative à l'affaire Dreyfus. Descendez à la bibliographie. Et là, en première référence, on lit : Henri Dutrait-Crozon, Précis de l'Affaire Dreyfus. Avec ce commentaire, en toutes lettres : "Ouvrage fondamental à consulter en priorité"." Ce livre de 1909, remanié en 1924 et 1938, est un plaidoyer antidreyfusard dans la mouvance de l'Action française.

Le romancier Pierre Assouline reprend la critique le 9 janvier 2007 sur son blog "La république des livres". Il rappelle que l'ouvrage incriminé est un "évangile de nationalistes". Il constate que Wikipédia, à la suite de l'intervention de la Ligue des droits de l'homme, a juste rajouté la mention "ouvrage contesté", mais l'a laissé en tête de bibliographie, avant des travaux d'historiens respectés. Regrettant la "démagogie ambiante" qui voudrait que chacun devienne encyclopédiste, Pierre Assouline exerce cette critique de fond : "La question des sources est à la base de toute recherche, qu'elle soit historique, scientifique, journalistique ; or Wikipédia dilue tant la source qu'elle l'élude. On ne saurait trop le répéter : dans le domaine des idées, et en particulier en histoire, l'esprit de la référence a intrinsèquement partie liée avec la durée et non avec l'éphémère. Or sur Wikipédia, la référence est à géométrie variable : le dernier qui a parlé a raison, jusqu'au prochain."

En 2008, cinq étudiants en journalisme de Sciences Po se livrent à une enquête fouillée sur les articles de Wikipédia France. Ils font aussi un test. Ils ajoutent à la fiche de Pierre Assouline une fausse information : "En 2001, a remporté le championnat de France de jeu de paume." Cette erreur circule bientôt partout. Elle questionne le fonctionnement même de Wikipédia : des milliers de fausses informations, notices outrageusement louangeuses ou malveillances peuvent passer à travers les filtres de l'encyclopédie.

D'ailleurs, plusieurs sites relèvent ces erreurs persistantes, comme la rubrique "WikiGrill" de la revue Books en France, dans laquelle un auteur pointe le "laisser-faire comme principe d'organisation". Il s'interroge : est-ce l'anarchie ou le credo de l'économie libérale qui est invoqué ? Notant que Wikipédia défend "un égal droit de participation pour tous sans égard à l'âge, la compétence ou l'origine", il s'étonne : être "sans égard à la compétence", n'est-ce pas dangereux pour une encyclopédie ?

Un autre exemple de dérapage sur Wikipédia concerne Mikkel Borch-Jacobsen, coauteur du Livre noir de la psychanalyse (Les Arènes, 2005). D'abord présenté sur Wikipédia comme un critique argumenté de Freud, il se voit du jour au lendemain traité d'"analyste raté" et de "psychiatre comportementaliste". Des profreudiens sont intervenus sur le texte, cherchant à le discréditer. Il proteste, les fausses informations sont retirées. Puis réintroduites : la fiche Wikipédia de Mikkel Borch-Jacobsen est devenue un champ de bataille dans une guerre entre des associations freudiennes et antifreudiennes.

Ce n'est pas anecdotique. Ces affrontements ont lieu sur nombre de sujets sensibles : le conflit israélo-palestinien, la guerre d'Algérie, la prostitution, George W. Bush... Ils s'étendent aux querelles d'initiés : Shakespeare est-il l'auteur de ses pièces ? L'ayahuasca est-il un psychotrope dangereux ? Cela à l'infini. A chaque fois, les "cyberpompiers" de Wikipédia doivent mettre en garde les lecteurs : "La forme et le fond de cet article sont à vérifier""Affirmation non neutre ", "Sources nécessaires".

Au terme de leur enquête, les étudiants de Sciences Po ont publié, fin 2007, La Révolution Wikipédia (Mille et Une Nuits, préface de Pierre Assouline). Ils soulèvent plusieurs points notables : le grand nombre de contributeurs peu fiables décourage les experts d'un sujet d'intervenir, ce qui nuit à la qualité des articles comme à la hiérarchisation de l'information. La rapidité de Wikipédia, capable de fournir des articles sur une oeuvre à peine sortie ou le dernier talent en vogue, ne permet pas de prendre le recul indispensable au travail encyclopédique.

DÉMOCRATISATION DU SAVOIR

Rémi Mathis, 28 ans, président de Wikimédia France, est conservateur au département des estampes de la Bibliothèque nationale de France (BNF), rue Vivienne. Il a fait l'Ecole nationale des chartes. C'est un bon connaisseur de l'histoire diplomatique du XVIIe - il est un fort contributeur de Wikipédia sur son domaine de compétence. A la mi-décembre 2011, il est rassuré par l'appel au don lancé en France : "Nous recevons des dons par milliers. A chaque fois, les gens ajoutent des mots d'encouragement."

A la fin décembre, 36 000 personnes ont donné 980 000 euros. Pour quels projets ? Déjà, les wikipédiens et la BNF vont continuer leur partenariat. Ils ont été chargés de relire et corriger 1 400 livres numérisés par la bibliothèque - de Nana, de Zola, à l'Histoire de la Révolution française, de Thiers - avant de les rendre accessibles sur le portail Gallica. L'équipe française va encore mettre en ligne quantité d'oeuvres littéraires et graphiques (Wikisource compte déjà plus de 50 000 ouvrages) en collaborant avec le Centre Pompidou, le Musée de Cluny, les archives de Toulouse... Ils vont travailler avec plusieurs universités, en France et en Afrique francophone, afin de faire participer enseignants, étudiants et chercheurs à l'écriture d'articles.

Il y a aussi ce combat pour la "liberté de panorama". "En France, les images d'un monument public comme la Bibliothèque François-Mitterrand ou l'éclairage de la tour Eiffel sont soumises au droit d'auteur", explique Rémi Mathis. Du coup, l'architecte ou l'éclairagiste peuvent demander des droits sur la diffusion de photos représentant leur oeuvre. Pour promouvoir une dérogation à cette législation, "nous avons lancé en Europe le concours "Wiki Loves Monuments", afin que les internautes photographient les monuments historiques et les donnent à voir sur Wikipédia Commons".

Rémi Mathis s'agace des critiques sur la crédibilité de Wikipédia. Là où le consensus existe, dans les domaines des sciences dures, des sciences naturelles et des technologies, Wikipédia offre un solide savoir, souligne-t-il. Il rappelle qu'en 2007, à la demande du magazine Stern, une équipe indépendante a comparé 50 articles choisis au hasard dans Wikipédia et dans Brockhaus, la grande encyclopédie allemande. 43 articles sur 50 ont été jugés plus exhaustifs, lisibles, exacts et actualisés sur Wikipédia. Il ajoute avec un sourire peiné : "Nos censeurs feraient mieux de nous aider à améliorer le site."

Rémi Mathis ajoute que des logiciels rapides comme le Wikiscanner identifient désormais les adresses IP (qui permettent d'identifier l'ordinateur) des contributeurs. Microsoft, des laboratoires pharmaceutiques, des sectes, des hommes politiques, des fans ont ainsi été surpris en flagrant délit de retape. Quant aux fameux "trolls", les vandales et farceurs du Net, ils sont désormais repérés plus vite quand ils changent le second prénom de George W. Bush, Walter, en "Wanker" (branleur), prétendent que la boisson Red Bull contient du "sperme de vache" ou annoncent à tort le décès d'une star.

Rémi Mathis porte la discussion sur le fond. Selon lui, nous assistons à une démocratisation du savoir comparable à celle qui suivit l'invention de l'imprimerie. A l'époque, l'élite qui lisait et rédigeait les livres accusait l'imprimerie de multiplier les erreurs par l'impression mécanique et de noyer le talent dans la masse des publications. Pour lui, l'encyclopédie contributive remet en cause ceux qui prétendent mieux connaître individuellement un sujet qu'une collectivité de chercheurs discutant entre eux.

Jean-Noël Lafargue, maître de conférences à Paris-VIII, ancien administrateur de Wikipédia, note ses élèves sur leurs articles publiés dans Wikipédia. Pour lui, "on entendra toujours les défenseurs de l'Internet "civilisé" se plaindre, car la liberté de faire et de dire inspire la méfiance. Ceux-là préféreront la censure au désordre, n'admettront jamais la valeur pédagogique de l'erreur ou de la mise en danger du savoir établi. Ils ne croient pas à l'éducation mais au dressage."

Frédéric Joignot
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